Le soir du 6 avril 1893, Andy Bowen et Jack Burke montent sur le ring au Club Olympique de la Nouvelle-Orléans, la prime est de 2500$. Après 7 heures et 19 minutes, l’arbitre John Duffy déclare qu’il n’y a aucun vainqueur. Le plus long combat au finish de l’histoire de la boxe aura duré 110 rounds. A la fin de cette rencontre, les os des deux mains de Jack Burke étaient tous fracturés.
Pourquoi abandonne-t'on ? Comment certains peuvent-ils tenir 110 rounds, là ou d’autres lâchent l’affaire quelques instants après avoir eu l’idée d’essayer un nouveau sport ? Les conditions d’un abandon futur sont-elles déjà écrites au moment de l’engagement, ou apparaissent-elles avec le temps ? Comment les repérer et les combattre avant qu’il ne soit trop tard ?
Voici les questions auxquels j’ai souhaité trouver des réponses. Pour y parvenir, j’ai pris mon propre exemple, dans deux situations similaires mais face auxquelles j’agissais de façon différente. La première de ces situations est le combat avec les gants, la seconde est le combat face à l’organisation et l’usage des outils numériques. Deux combats, l’un sur les tapis, dans lequel je sais lutter naturellement contre l’abandon. L’autre, hors du dojo, pour lequel j’ai fini par ne même plus essayer.
La méthode est la suivante ; En premier lieu, j’analyserai mon attitude en combat aux poings, au travers du prisme du SHIN GI TAI (esprit, technique, corps), pour identifier les clés qui me permettent d’être naturellement resillent face à l’abandon. Ensuite, je chercherai ce qui me pousse à jeter l’éponge dans des situations ou j’ai manqué de cette résilience naturelle, pour mettre au jour des zones de fragilité. Enfin, je réfléchirai à des moyens de transposer ma capacité à ne pas abandonner sur le tapis à toutes autres circonstances, tout en essayant de faire disparaitre les failles par lesquelles l’abandon peut surgir.
1) En combat, j’abandonne rarement - Comment ?
a) Par le mental
Que se passe-t-il dans ma tête lorsque je combats ? Dans quel état d'esprit suis-je ? Comment suis-je capable de n'abandonner que rarement ?
En y réfléchissant, je me suis rendu compte qu'abandonner un combat serait probablement plus dur que de continuer à encaisser des coups. Ceux de mes partenaires, aussi puissants soient-ils, font moins mal et s'oublient plus vite que ceux que mes pensées m'infligeront si je considère que j'aurais pu continuer en sécurité. Il ne s’agit pas d’une question de fierté mal placée, mais plus d’un accord tacite que j’ai passé avec moi-même. Y a t’il ici une question de choix et de valeurs ?
Ce dont je suis sûr, c'est que j'ai accepté la douleur à l'avance, ainsi que le manque d'air et la perte d'espoir. Si ces choses arrivent, je ne les considère pas comme des raisons valables d'abandonner.
Je me suis fixé 2 conditions d'abandon précises, la sécurité et la pertinence de l’acharnement. Si je sens que je ne peux plus assurer ma sécurité ou celle de mon partenaire, l’abandon est acceptable car nécessaire. Si je me retrouve contrôlé au sol, que l'adversaire a une clé inefficace mais un contrôle dont je ne pourrais pas sortir, pas la peine de résister à sa clé en forçant. L’abandon est acceptable car utile à la progression, on arrête ici, et on reprend la pratique plutôt que de perdre du temps.
Enfin, je me dis que si j'abandonne une fois trop facilement, cela créera un précédent, et facilitera l'idée d'abandonner dans le futur, ce que je souhaite éviter autant que possible. J’entrevois donc trois clés mentales que j’utilise naturellement pour lutter contre l’abandon. La première s’articule autour du choix conscient et intériorisé de ne pas abandonner. La seconde comme la définition précise des conditions acceptables d’abandon. Enfin, peut-être la moins fondamentale, mais néanmoins une aide, la conscience du poids d’un précédent, et la volonté d’éviter l’apparition de tels failles dans mon mental.
b) Par la technique
En connaissant les circonstances à risques dans lesquelles j’ai plus de chances d’abandonner, et puisque j’ai décidé qu’il n’était pas acceptable d’abandonner dans ces circonstances, j’ai travaillé un ensemble de techniques qui me permettent d’éviter un maximum ces zones de fragilités. Je me suis donc constitué une tactique.
- Pour éviter la douleur, j’esquive, je conserve ma garde, je tiens mon adversaire à distance.
- Pour éviter le manque de souffle, je dépense mon énergie intelligemment, dans des assauts courts, espacés et si possible efficaces. Je me concentre sur ma respiration, me laisse des phases de récupération.
- Pour éviter la perte d’espoir, je ne tente pas de remporter le combat dans son intégralité, mais au moins de placer un beau coup, ou une belle esquive, et si j’y arrive, j’en tente un de plus. En somme, je découpe mon objectif global en petite tache plus facilement surmontables.
Finalement, la technique comme moyen de contourner les points durs, ou à tout le moins de les atténuer, apparait comme une des clés essentielles qui me permettent sur le tapis de lutter contre l’abandon. Elle agit comme un levier, en diminuant la force physique et la force mentale nécessaire pour tenir bon. Cependant, contrairement aux clés mentales que j’ai utilisées naturellement, celle de la technique m’a été insufflée par les enseignements de mon professeur, je n’ai pas eu à aller la chercher mais je ne la possédais pas naturellement non plus. C’est une différence à noter pour plus tard.
c) Par le physique
En combat, un bon mental permet de repousser toujours un peu plus ses limites, de tenir plus longtemps. Une bonne technique aidera à faire moins d’efforts ou à compenser un désavantage physique. Mais ni le mental ni la technique ne permettent de se passer entièrement du physique, et cette composante joue logiquement un rôle important dans ma capacité à ne pas abandonner.
Au dojo, on travaille le cardio. De cette manière, on retarde l’essoufflement. On travaille la musculation, en force pure, pour se donner les moyens de réaliser les techniques de notre répertoire, en explosivité, pour augmenter l’impact et l’efficacité de nos frappes, et en endurance, pour tenir le temps qu’il faudra. La souplesse est également développée, elle permet de mieux résister aux clés, d’évoluer plus librement au sol. Enfin, le travail d’encaissement réalisé aide à mieux appréhender la douleur.
Une autre composante du travail physique que l’on effectue systématiquement est l’échauffement, car si l’on peut façonner le corps par l’exercice pour lui faire acquérir certaines compacités de façon durable, il est nécessaire de le repréparer à chaque début d’entrainement. Pour exploiter le plein potentiel physique du corps et éviter les blessures, le cœur doit monter en cadence, les muscles doivent être réveillés, et la synovie des articulations doit être fluidifiée.
C’est sans surprise grâce au travail de ces qualités physiques que je suis aussi capable de rarement abandonner en combat. Le développement de capacités qui permettent de faire face, de tenir bon et de ne pas s’épuiser apparait comme une nouvelle clé à utiliser pour lutter contre l’abandon.
2) Hors combat, j’abandonne facilement - Pourquoi ?
a) Identification des zones de fragilités mentales
Si j’arrive à avoir le mental pour ne pas baisser les bras en combat, comment se fait-il que j’abandonne si facilement dans d’autres circonstances ? Quelles zones de fragilités puis-je identifier afin d’apprendre à les contourner, ou de travailler à leur disparition ?
Il y a une différence fondamentale qui me vient à l’esprit quand je réfléchis à des exemples de situations dans lesquels j’abandonne plus facilement qu’ailleurs. Cette différence se traduit en deux catégories,
- les combats que j’ai choisis de mener,
- les combats qui se sont imposés à moi.
Les seconds étant logiquement ceux que j’ai le plus de mal à remporter. Parmi ces derniers,
- Il a des combats pour lesquels je ne perçois aucun intérêt à m’y engager, et c’est alors par choix et non par faiblesse que je ne m’y atèle pas.
- Puis il y a combats pour lesquels je vois bien les bénéfices que je tirerais si je parvenais à m’en saisir, mais où j’échoue par manque de “motivation”.
Voilà une première zone de fragilité : Le choix, ou plutôt le non-choix. Afin de l’outrepasser, il faudrait que, à l’aide d’une méthode d’analyse, je puisse transformer des combats qui se sont imposés à moi, en combats que je choisi de mener, dès lors que j’estime qu’il est bénéfique ou nécessaire de le faire. Ce faisant, ces combats changeront de nature, et il deviendra plus facile pour moi de ne pas abandonner.
L’estime de soi semble également avoir un rôle important à jouer dans la constitution d’une forme de motivation résiliente (ou motivation intrinsèque).
En effet, des lors que l’on saisit la futilité des sources de motivation extérieure, comme le fait d’améliorer son image auprès des autres, ou de devenir “meilleur” qu’un tel, on se retourne vers soi. On le fait pour trouver une forme de motivation plus forte, plus durable.
Mais ce faisant, qu’advient-il si l’on ne trouve pas en soi suffisamment d’estime pour juger utile de mener des combats couteux, afin d’en tirer des bénéfices personnels ? Comment ne pas en venir à se dire “A quoi bon toujours vouloir m’améliorer”, où “Tant pis, c’est trop dur, je préfère encore être médiocre” dès lors que l’on attribut peu d’importance à sa propre personne ? Si l’on n’agit plus pour, ou par rapport aux autres, et qu’on ne trouve pas d’intérêt à agir pour soi-même, que nous reste-t 'il ?
Les motivations intrinsèques semblent se manifester comme des formes de plaisirs ou de sensation d’accomplissement. Est-il encore possible d’éprouver de tels sentiments, en se dépassant pour réaliser une action bénéfique d’un point de vue personnelle, si l’on ne ressent pas d’abord l’envie d’agir pour son propre intérêt ?
L’estime de soi m’a tout l’air d’une autre zone de fragilité mentale, et son développement semble être une autre clé, une autre arme à acquérir dans la lutte contre l’abandon.
Deux zones de fragilités mentales à appréhender donc, qui nous font entrevoir deux nouvelles clés, le choix éclairé des combats à mener ou non, et le développement de l’estime de soi comme outil pour lutter contre l’abandon de soi.
b) Zones de fragilités techniques
Si “vaincre sans combattre” est possible dans certains cas, combattre sans technique ne l’est pas. Sur le tapis, elle peut être plus ou moins maitrisée, plus ou moins riche, mais même un mauvais coup de poing reste une technique de coup de poing. En somme, pour mener à bien une tâche, il est toujours nécessaire de mettre en œuvre un savoir-faire. Par conséquent, il peut être utile d’analyser si ce savoir-faire technique n’est pas lui aussi l’objet potentiel de fragilités, qui facilitent l’abandon, afin d’endiguer leur apparition.
Il vient rapidement à l’esprit que même avec la meilleure volonté du monde, quand on ne sait pas faire quelque chose ou que l’on s’y prend mal, on peut rapidement se trouver débordé et considérer notre objectif inatteignable. Si je prends mon exemple face aux outils de communication, c’est effectivement une de raisons qui me pousse dans la direction de l’abandon. N’ayant jamais vraiment réfléchi à une technique, une manière de traiter ces innombrables notifications qui nous bombardent quotidiennement, j’ai développé un sentiment d’impuissance.
En réalité, en plus de la fragilité éventuelle des connaissances techniques qui permettrais de faciliter l’accomplissement d’un quelconque but, si l’on remonte encore d’un niveau, il y a le problème du manque de reflexe à développer systématiquement la technique comme moyen de parvenir à ses fins. Cela peut paraitre bête, mais tout le monde ne pense pas d’emblée qu’il existe une technique pour... ...soulever un carton de livre du sol lors d’un déménagement. Or, et c’est l’une des choses qu’enseignent les arts martiaux, tous nos mouvements sont perfectibles, et si les mouvements naturels peuvent fonctionner au quotidien, avec de la technique, on peut les rendre moins traumatisants, moins fatigants, en bref, plus efficaces.
En partant du constat que la technique existe comme outil, comme ressource pour nous aider dans à peu près tout ce que l’on peut faire, il apparait donc une double zone de fragilité. Les lacunes techniques propres à un savoir-faire particulier, qui correspond à un objectif particulier, mais aussi et avant tout le manque d’automatisme dans le fait de chercher à acquérir et développer sa technique. Il faut voir tout ce que l’on souhaite entreprendre, même les choses les plus banales, les plus “naturelles”, comme des choses qu’on l’on peut apprendre à mieux faire.
c) Zones de fragilités physiques
Même si le physique n’est pas la composante qui vient en premier à l’esprit quand il s’agit de trouver les raisons d’un abandon vis-à-vis d’une tâche qui, a priori, ne met pas en jeu des qualités athlétiques, on peut bel et bien y trouver des failles qui rendront n’importe quelle activité plus compliquée à accomplir.
En me basant sur mon propre exemple, la composante physique qui pèche le plus communément dans une situation d’abandon est probablement la fatigue. Lorsque l’on manque de sommeil, il devient plus difficile de rester concentré sur une tâche rébarbative, comme par exemple s’occuper de ses mails.
Ce genre de corvées en deviennent si laborieuse qu’on peut finir par prendre la décision de ne même plus essayer de s’y atteler. Je ne vais pas venir à un cours supplémentaire le samedi matin car j’ai trop besoin de repos. Je ne vais pas écrire ma fiche Shin car je m’endors devant l’écran...
Le corps est le vecteur qui nous permet d’agir, si son état est dégradé, notre capacité à entreprendre quel qu'action s’en trouve elle aussi invariablement réduite. Si sur le tapis, on prépare systématiquement notre état physique pour le mettre dans de bonnes conditions, d’abord par l’échauffement, puis par le développent des capacités musculaires et cardiovasculaires, le reste du temps, ce principe doit pouvoir s’appliquer aussi.
La négligence de l’état physique est donc une des zones de fragilités qui, cumulé a d’autre, mènent à l'abandon. Pour lutter contre, il faut penser à se donner les moyens d’être en bonne conditions pour accomplir les objectifs que l’on s’est fixés.
3) Comment se servir du combat pour ne plus abandonner ailleurs ?
"La meilleure moyen de réussir, c’est toujours d’essayer encore une fois." Thomas EDISON
a) Etat d’esprit et travail mental contre l’abandon
En réfléchissant à mon état d’esprit efficace en combat et sur un tapis, puis en l’examinant dans des situations où il apparait plus fragile, j’entrevois des pistes à suivre pour développer un mental plus résilient face à l’abandon, quelles que soient les circonstances. En premier lieu, le choix des combats à mener en s’interrogeant sur ses motivations intrinsèques. En second lieu, la prévision de la difficulté, voir l’appréciation de celle-ci. Cela comprend la définition des conditions acceptables d’abandon. Et en dernier lieu, le renforcement de l’estime de soi.
Le choix est donc la première étape. Dès lors qu’un combat est choisi, il est plus simple de le remporter, car pour se faire, on doit avoir répondu à la question “pourquoi ?”. Il peut s’agir d’un mélange de formes de motivations extrinsèques, comme le fait de remporter une victoire devant les camarades, mais aussi et surtout intrinsèques, donc plus résiliente, comme le fait de montrer aux nouveaux combattants que la persévérance paie, que les résultats seront là s'ils s’accrochent, et ainsi, participer dans une certaine mesure à leur propre motivation.
De cette manière, on peut même choisir d’accomplir des tâches qui ne nous donnent aucun plaisir pour elles-mêmes, mais dont l’achèvement aura des conséquences qui, elles, nous prodiguerons de la satisfaction. Voilà pourquoi il est nécessaire de choisir. De ne plus subir les combats qui s’imposent à sois, mais bien de les catégoriser, de réfléchir à ce qu’on pourrait en tirer, et de prendre une décision en son âme et conscience. Soit on s’y attèle, sois on juge que l’on a mieux à faire. Rester dans le flou est le meilleur moyen d’abandonner des combats importants, et de perdre de l’énergie à se battre pour des choses futiles.
Une fois ce choix fait, il faut mesurer et appréhender les difficultés auxquels on fera face. Lorsque je revêts mon keikogi et qu’il est temps de transpirer, d’encaisser des coups et de pousser le cardio, j’ai déjà accepté la rudesse de la situation à l’avance. Je l’attends, et en quelque sorte, je l’apprécie, car je sais que c’est elle qui me donne l’occasion de progresser. Mais appréhender la difficulté, s’est aussi s’y préparer et se donner les moyens de la surmonter. En la diminuant ou en augmentant sa capacité à encaisser par exemple, ce qui passe aussi par le développement du physique et de la technique.
Cependant, toute préparation à l’adversité ne saurait garantir un succès infaillible, c’est pourquoi il faut aussi définir ses conditions acceptables d’abandon à l’avance. Car il se peut, parfois, qu’abandonner soit la meilleure chose à faire. Pour ne pas se blesser, ou pour revenir avec plus de souffle sur l’assaut suivant par exemple. Ainsi, l’abandon n’est plus une question flottante dans mon esprit, il ne peut plus s’immiscer dans une faille, un moment de faiblesse causée par un coup douloureux ou une flemme inattendue. Je n’y pense plus, et si une condition d’abandon acceptable se présente, je saurai quelle décision prendre sans avoir besoin de réfléchir, et sans regrets.
Enfin, il est important de tirer de la fierté dans les combats que l’on a choisis de mener. Il ne s’agit pas de nourrir son égo à des fins prétentieuses, mais bien de renforcer l’estime de soi, car elle est nécessaire à la motivation, elle est une des clés pour se mettre en mouvement. En nourrissant son estime de soi par l’accomplissement de combats que l’on a choisi, et qui par conséquents son en accords avec nos valeurs, on tire la force et le courage nécessaire pour continuer, et éventuellement, arriver à des buts plus nobles, qui dépassent la simple satisfaction personnelle.
b) Techniques d’évitement de l’abandon
Il faut voir tout ce que l’on souhaite entreprendre, même les choses les plus banales, les plus “naturelles”, comme des choses qu’on l’on peut apprendre à mieux faire. C’est le constat que j’ai fait après avoir identifié le manque de savoir-faire, et surtout le manque d’automatisme à développer ce dernier, comme une des zones de fragilités face à l’abandon. Et si cela est vrai pour les choses du quotidien, cela doit l’être encore plus pour les combats que l’on a choisi de mener. Alors, est-il possible de transposer ailleurs les tactiques qui me permettent de ne pas abandonner sur le tapis ?
Chercher à éviter la douleur en combat pourrait s’apparenter à éviter d’éventuels effets désagréables ou dommageables liés à une tâche à accomplir. Là ou sur le tapis j’esquive les coups, ailleurs, je devrais trouver un moyen de ne pas être “touché” par les choses qui pourrait créer chez moi un inconfort ou une gêne, mais sans abandonner. Si je prends l’exemple de l’organisation via les outils numériques, les notifications sont ce qui me viennent en premier à l’esprit comme étant semblables à des coups qui engendrent une douleur, ou une gêne. J’ai souvent choisi comme technique d’esquive de purement et simplement les désactiver, mais cela revient évidement à abandonner. Pour que cela ce ne soit pas un abandon mais une garde, il faut que je revienne à l’assaut.
Or j’ai parlé de ma technique pour prendre d’assaut mon adversaire. Des assauts courts, efficaces, et espacés pour me laisser le temps de récupérer. Autrement dit, il est nécessaire de définir le moment où je suis prêt sortir de ma phase d’esquive pour affronter le combat. Ou, dans le cas du numérique, à prendre connaissance des notifications évitées pour pouvoir les traiter. Il faut aussi que je développe une approche méthodique pour augmenter l’efficacité de ce traitement et ainsi réduire la durée nécessaire de chacun de mes “assauts”.
Par ailleurs, pour éviter la perte d’espoir ou de volonté lorsque la difficulté parait insurmontable, tout comme sur le tapis, je ne dois pas me focaliser sur l’objectif à achever au global, mais plutôt tenter d’accomplir des tâches réduites et facilement réalisables qui participent à cet objectif. Encore une fois, si je prends l’exemple de mon organisation en ligne, je pourrais ne pas chercher à traiter toutes les notifications de toutes les applications et boites mails simultanément, mais plutôt définir des priorités et les traiter une par une.
Les tactiques d’évitement des points durs, d’assaut courts et à des moments définis afin de garantir d’être en mesure de les mener, mais aussi de découpage des objectifs sont donc transposables à diffèrent types de combats. Elles peuvent donc constituer un point de départ dans la recherche de nouvelles techniques, chaque fois que l’on a besoin de développer un savoir-faire associé à un combat choisi.
c) Le physique comme outil pour maintenir le cap
Tout comme sur le tatami, le physique a un rôle à jouer dans notre capacité à mener à bien les objectifs que l’on se fixe en dehors du dojo. Comment l’utiliser pour lutter face à l’abandon en toute circonstance ? Après avoir identifié ma zone de fragilité physique principale face à l’abandon comme étant la fatigue, je peux mettre en lumière un lien entre ma préparation physique efficace pour le combat et ce qu’il me manque les fois où j’abandonne ailleurs.
En effet, si pour le combat je développe mon cardio, c’est pour retarder l’essoufflement, car il faut veiller à ne pas tomber à cours d’oxygène, sans quoi on devient inopérant. De la même manière, il faut donc prendre garde dans toute tâche que l’on souhaite entreprendre à ne pas arriver à bout de souffle, à ne pas s’épuiser. Il faut aussi noter que, sur le tapis, en plus de développer le cardio, on le prépare à chaque nouvelle séance, grâce à l’échauffement. On peut donc distinguer deux approches pour éliminer le point faible qu’est la fatigue et gagner du terrain face à l’abandon.
La première d’entre elles serait de travailler sur ma capacité à gérer la fatigue. Par exemple, celle que génère l’afflux constant de notifications, d’informations à traiter. Une manière d’y parvenir pourrait être d’augmenter ma capacité d’attention, afin de pouvoir la maintenir sans me fatiguer. Reste donc à trouver des exercices qui entraine cette capacité, comme la corde à sauter qui entraine le cardio. La méditation ou les techniques de visualisation sont probablement de bonnes pistes à creuser.
La seconde approche est tout simplement de ne pas attendre d’être fatigué pour s’attaquer aux tâches que l’on sait nécessiter un bon état d’éveil. Or, l’équivalent de l’échauffement cardiovasculaire pour la fatigue n’est autre qu’une bonne nuit de sommeil. Ainsi, prendre un peu de temps en début de journée, ou en début de semaine, pour avancer sur certaines tâches rébarbatives mais nécessaires, peut-être une clé pour faciliter les choses. C’est d’ailleurs l’une de celle dont je me suis servi pour parvenir à finir cet écrit, en m’y attelant au moment de la semaine ou j’étais le mieux reposé !
4) Conclusion
“Donnez-moi un point fixe et un levier, et je soulèverai la Terre” - Archimède
J’ai commencé cette réflexion avec un certain nombre de questions en tête.
Après ce travail de d’introspection, je commence à comprendre pourquoi il peut-y avoir une si grande différence de combativité entre les individus. Ou, de la même manière, pourquoi il y avait une énorme différence de combativité entre moi sur le tapis et moi le reste du temps. C’est une question de leviers, ou de clés, comme j’ai pu les qualifier ici. Avec les bons outils, on peut parfois accomplir des choses qui semble relever du domaine de l’impossible. On possède et on utilise tous certains de ces outils plus ou moins naturellement, mais pas forcément en toutes circonstances. Si l’on parvient à s’en rendre compte, on peut ensuite apprendre à les utiliser quand on en a besoin, et plus seulement quand on le faisait sans y penser. On peut également en chercher de nouveaux, ou affuter ceux que l’on possède déjà.
En quelques pages, j’ai pu identifier un nombre important de ces leviers, et certains me paraissent être des alliées redoutables face à l’abandon. Le choix en conscience de ses combats, en prenant le temps de comprendre pourquoi on les mène. La définition des conditions acceptables (et temporaires !) d’abandon pour ne plus y penser. Le développement de l’estime de soi, pour éviter l’abandon de soi et se donner le courage de se battre pour des choses qui pourraient s’avérer nous dépasser. L’habitude d’acquérir d’une technique appropriée pour tout ce que l’on veut entreprendre. Les assauts courts à des moments choisis pour être le plus efficace. Le découpage d’un but global en petit objectifs aisément atteignables... La liste n’en finit pas de s’allonger, et il ne s’agit là que des clés que j’ai trouvées pour moi !
Les raisons d’abandonner sont toujours nombreuses, tout comme les raisons de ne pas le faire ! J’aurais donc du mal à répondre à la question “Pourquoi abandonne-t-on ?”. Plutôt que de s’interroger ainsi, il me parait désormais plus pertinent de se demander “Ai-je choisi d’abandonner ?” Je ne pense plus que les conditions d’un abandon futur soient écrites dans le marbre, comme une fatalité qui rendrait certaines personnes incapables d’arriver à bout de quoi que ce soit. Cependant, si l’on fait les choses sans y réfléchir, on se rends vulnérable à la démotivation. Les conditions d’abandons peuvent apparaitre s’il l’on baise sa vigilance, ou si l’on oublie en cours de route pourquoi on fait ce que l’on fait. Pour les repérer, il faut s’y prendre à l’avance, en s’interrogant sur ses propres faiblesses. Et pour les combattre, il faut travailler à atténuer ou éviter ces zones de fragilité.
Si l’exploit historique d’Andy Bowen et de Jack Burke restera toujours un exemple extraordinaire de résilience face à l’abandon, armé de ma réflexion, j’ose affirmer que j’entrevois la façon dont ils ont pu y parvenir. Que leur prouesse impossible me parait désormais vraisemblable et rationnelle. Et qu’il me reste encore du chemin à faire pour me débarrasser de l’abandon, mais que je sais désormais dans quelle direction marcher. Que les combats commencent !
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Auteur : Matthieu HAUTEMGrade Présenté : Ceinture Marron
Publication : Décembre 2022
Supervision : Frédéric GARCIA
Publication : Décembre 2022
Supervision : Frédéric GARCIA

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