Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

vendredi 11 janvier 2019

Qu'est-ce que le salut ? Réflexions sur les sens multiple d'un geste pas si anodin

A l'entrée du dojo, avant de monter sur le tatami, au début du cours et avant les exercices, nous saluons. Nous saluons également à la fin de notre entraînement. Nous le faisons si souvent qu'il devient simple de ne plus y prêter attention. Et pourtant, le salut englobe notre pratique des arts martiaux. Ne serait-il pas alors judicieux d'y accorder au moins autant d'importance ? 

Qu'est-ce que le salut ? 


Si je devais le définir, ce serait en ces termes : 

Le salut en karaté, REI en japonais, est un rituel codifié, accompli grâce à un ensemble de gestes et parfois de paroles, visant à exprimer certaines valeurs telles que le respect et la courtoisie, via un premier langage commun. 

Par le salut, le karatéka exprime son respect envers le DOJO, envers le karaté et sa philosophie, envers les anciens Maîtres et le Maître fondateur, mais aussi envers son SENSEI ainsi qu'envers les autres élèves. Étymologiquement, le salut a de nombreuses autres significations. Du latin « saluto », garder sain et sauf, préserver, ou sano, sanare : rendre sain, guérir, réparer, ramener à la raison. On retrouve également « salus », la cessation du danger, la conservation de la vie. Enfin, le salut possède aussi une notion spirituelle qui signifie « délivrance et libération ». De cette brève analyse, on comprend déjà que le salut peut en fait être bien plus qu'un simple geste de courtoisie. Maître Gichin FUNAKOSHI disait ceci : 

« Karate Do wa rei ni hajimari, rei ni owaru koto wo wasuru na » (N'oubliez pas que le karaté commence et s'achève par le rei.) 

Il s'agit du premier des préceptes du fondateur du karaté SHOTOKAN. Je vois ici l'une des preuves de l'importance du REI. La seconde indication est le fait que l'on retrouve un tel rituel dans tout des arts martiaux, sans distinction d'époque ou de continent. Si les gestes et les paroles peuvent varier, ce rituel reste toujours l'expression d'un ensemble de valeurs, notamment du respect. 

Dans les salles d’armes occidentales, il s’agit de ramener l’épée vers le visage avant de l’abaisser vers le sol. Dans les arts chinois, plus compliqués, de multiples formes existent, de la plus simple à la plus élaborée avec pour chacune une signification symbolique différente. Dans les luttes celtiques et notamment le Gouren breton, une accolade. Même dans les disciplines martiales basées exclusivement sur la self défense et la mise hors de combat de l’adversaire, comme le Krav-maga, le salut est présent. 

(Salut au Kung-Fu : Le poing représente la force, recouvert par la main ouverte, qui symbolise la souplesse.) 


Le KARATE n’échappe évidemment pas à la règle, et la pratique du salut y est très codifiée, comme on pourrait s'y attendre dans toute discipline provenant du Japon. Avant même d'entrer sur le tatami, il faut effectuer le salut. Il en va de même au moment d'en sortir. En début de cours, les élèves s'alignent du plus gradé au moins gradés, avant d'effectuer le salut général. 

Le ZAREI s'effectue en SEIZA, position qu'adopterons les pratiquants au moment où l'ICHIBAN annoncera celle-ci. En partant de la position MUSUBI-DACHI (pieds ouverts), il faut poser le genou gauche à côté du talon droit, puis le genou droit. Dernière, les pieds doivent être à plat. Ensuite, on s’assied sur les pieds en conservant la colonne vertébrale droite. Pour les femmes les genoux doivent être collés tandis que pour les hommes les genoux sont légèrement écartés. L'ICHIBAN annonce alors les différents saluts en fonction des personnes présentes dans le dojo, par ordre de priorité : 

  1. KAMIZA NI REI : Saluer les Maîtres du passé (si un autel leur est dédié dans le dojo). 
  2. SHOMEN NI REI : Saluer le fondateur (si le fondateur est représenté ou présent dans le dojo). 
  3. SENSEI NI REI : Saluer le professeur. 
  4. SEMPAI NI REI : Saluer les élèves les plus gradés, les aînés. 
  5. OTAGAI NI REI : Saluer les autres élèves. 
Pour saluer, on s’incline doucement en posant la main gauche d’abord puis main droite devant soi. Le visage doit venir se positionner au milieu des mains qui forment alors un triangle en collant les index et les pouces. Puis on revient à la position initiale en se redressant, et en amenant la main droite sur la cuisse droite, puis la main gauche sur la cuisse gauche. 

Une fois que les pratiquants ont effectué le ZAREI, ils se relèvent les un après les autres, du plus gradé au moins gradé, lorsque l'ICHIBAN le demande en annonçant KIRITSU. Un moins gradé ne doit pas avoir la tête plus haute que celle d'un plus gradé au moment de se relever. Enfin, on annonce le RITSUREI. En position MUSUBI-DACHI, on s’incline sans arrondir le dos, bras le long du corps et mains le long des cuisses. Puis on retourne à la position debout. 

La profondeur du salut dépend de l'occasion. Dans tous les cas, il convient de garder le dos droit, en particulier au niveau de la nuque. La direction du regard joue un grand rôle pour différencier le type de salut. Il convient en général de garder le regard à l'horizontal, vers le partenaire ou l'enseignant, sauf dans le cas d'un salut au ou à une personne que l'on tient à honorer particulièrement. Traditionnellement, la position des mains diffère selon les sexes. Les femmes saluent en laissant les mains glisser vers leurs genoux, alors que les hommes saluent les mains le long du corps. 

(Exemple de Kamiza)




Le salut est donc très codifié en KARATE. Il marque le début et la fin de notre pratique. On le retrouve partout, et il revêt de nombreuses définitions. S'agit-t-il vraiment d'un simple geste de courtoisie ? Cela parait étonnant, d'autant plus quand on imagine que cette tradition du salut est née d'arts guerriers, dont le but était d'apprendre à tuer. Mais alors, quel véritable sens peut-on donner au salut ? Sa codification rappel celle des KATA, « forme » en japonais, qui renferment de nombreux enseignements. Y aurait-il un sens caché au salut ? Selon moi, le salut à plusieurs sens, que l'on peut regrouper en trois catégories.

Le sens social du Salut


Le plus évident est le sens social. Au quotidien, nous saluons de nombreuses personnes. C'est une marque de respect, de courtoisie, de politesse. En France, on se sert la main ou on se fait la bise, mais au Japon, on s'incline. Le salut en KARATE est une transcription naturelle de ce geste dans le cadre d'une pratique martiale. 

S'incliner représente également une forme de soumission. A ce titre, les élèves se soumettent au professeur, qui est libre de leur rendre le salut ou non, car c'est lui qui détient le savoir dont ils ont besoin, et qui accepte de le leur dévoiler. Le SENSEI est l’exemple, le chef de file. Il est salué à part des autres, en signe de respect pour cette responsabilité assumée. 

Au contraire, quand deux pratiquants de grades différents travaillent ensemble, ils se saluent de la même manière, ce qui les place symboliquement sur un pied d'égalité malgré leurs ceintures, car même le plus gradé a à apprendre du moins gradé. 

Saluer, c'est faire preuve d'attention envers son partenaire. C'est pour cela qu'il est nécessaire de saluer en même temps que l'autre. On montre ainsi que l'on se concentre et que l'on se rend disponible mentalement pour pratiquer dans des conditions propices à la progression. C'est donc encore une question de respect envers l'autre, mais également envers sois même. 

Le salut marque aussi le consentement commun à la pratique. Cela est loin d'être anecdotique, car il faut rappeler que les meurs dans un dojo ne sont pas les mêmes que ceux du quotidien, et que l'on y accepte un certain nombre de choses, comme les coups ou le contact physique, car le contexte le permet 

On salut aussi quand on rentre dans un DOJO ou que l'on en sort, de même pour un TATAMI, et parfois, on salut les armes. Il s'agit là encore d'une marque d'attention et de respect. Les lieux et le matériel que l'on utilise pour pratiquer doivent faire l'objet de cette attention de la part du karatéka, car ils lui sont nécessaire au même titre qu'un professeur ou qu'un partenaire. Cela va de paire avec la sécurité, car négliger son environnement ou utiliser des armes non entretenues (trous entre les tatamis, échardes sur les armes en bois) peut causer des blessures. 

Enfin, le salut est aussi une forme de remerciement. Il est à noter que tous ces rituels ne sont pas exclusifs au Japon. On se couvre et on se découvre lorsque l'on rentre dans une église par exemple. Ils dépendent de la culture du pays et de ce que le peuple de la culture considérée note comme important. 

Le sens technique du Salut


Après le sens social, le second sens que je trouve dans le salut est le sens technique. Le salut, qui doit être exécuté selon la forme indiquée dans l'art que l'on pratique, et sans empressement, sert de rituel de concentration. Le salut général en début de cours permet de vider son esprit des pensées parasites du quotidien, pour entrer dans un état d'esprit propice à une bonne pratique. On se concentre, et on devient pleinement disponible, à l'écoute des autres pratiquants et de nous-même. 

C'est également un exercice respiratoire, qui aide à se concentrer, et qui représente déjà un pas dans la pratique. Les arts martiaux sont les arts du mouvement. Un mouvement qui se doit d'être juste, et efficace. Hors, respirer fait intervenir un grand nombre de muscle, et c'est un mouvement important que l'on réalise en permanence. Le salut permet de penser des le début de la pratique à sa respiration. Dans certain dojo, on pratique d'ailleurs le MOKUZO durant le ZAREI, un exercice respiratoire et de méditation. 

Le maintien de la position SEIZA lors du salut général peut être vu comme un travail de posture et d'assouplissement. Le dos doit être droit, les épaules détendues et basses, tandis que le bassin et les jambes s'assouplissent. Dans l'ensemble, saluer, c'est se préparer mentalement et physiquement, et marquer une transition d'un état à un autre. L'état de repos ou celui en cours de pratique par exemple. On se prépare au combat, ou on marque le retour au calme. 


Enfin, les arts martiaux développent des techniques qui jouent sur l’instinct d’agressivité de chaque individu. Le salut permet de rééquilibrer certains comportements et d’éviter qu’ils ne dégénèrent. C'est donc aussi un rituel « garde fou ». En saluant son partenaire convenablement, on fait preuve de maîtrise de soi tout en développant cette qualité. Avant un exercice potentiellement « risqué », comme certaines projections, clés, frappes, voir même avant un combat, alors que le stress ou l'envie de gagner peut se faire sentir, on s'efforce de rester calme et attentif, on se concentre sur la maîtrise de ses gestes pour s'assurer du bon déroulement de la pratique. 

En ayant conscience de cette facette du salut, son origine s'explique plus facilement. Les arts martiaux étaient au départ des arts de la guerre, pratiqués par des guerriers capables de tuer n’importe qui sur ordre, ou pour la moindre contrariété. Mais pour faire une armée, il fallait organiser des troupes d’hommes aux pulsions meurtrières et aux ego souvent incompatibles entre eux. Afin d'éviter la tuerie à l’intérieur même de l’armée et de parvenir à la discipliner, des règles ont été créées pour calmer les ardeurs et insister sur le principe de respect de la hiérarchie. De l’ensemble des règles de bonne conduite permettant des relations non agressives entre personnes du même clan, est née l’étiquette. 



Le sens martial du Salut


Enfin, après les sens technique et social viens le sens martial et symbolique. Il est important de garder à l'esprit que les arts martiaux servaient à l'origine à ne pas être tuer, potentiellement en tuant son ennemi. Ceci explique le sens martial que l'on peut donner au salut, et pas seulement en karaté. Saluer servait autrefois, et peut toujours servir, à s'assurer des intentions de l'autre. On se serrait vigoureusement la main pour vérifier qu'aucune arme ne tombe d'une manche, et l'accolade accompagnée d'une tape dans le dos servait également à contrôler que l'autre personne n'y cachais rien. 


Évidement, en karaté, toutes les précautions sont prises lors du salut pour laisser le moins d'opportunité à un éventuel agresseur d'agir sans que l'on puisse se défendre. La première d'entre elle est le regard, qui doit toujours être dirigé vers la personne que l'on salut pour la garder en visuel. On ne fait exception à cette règle que lorsque l'on salut son maître, son professeur, ou que l'on tient à honorer particulièrement quelqu'un. 


Un autre exemple de précautions prise lors du salut est la manière de placer ses mains sur le tapis avant de s'incliner. L'une après l'autre, la gauche d'abord pour garder la main droite disponible aussi longtemps que possible. Non pas en retard, mais pas en avance non plus sur le mouvement de l'autre. On place ces mains en triangle pour empêcher que la tête ne puisse venir heurter violemment le sol. On retire la main droite d'abord, et non pas les deux mains en même temps, pour s'assurer d'avoir toujours un appui. 

Il faut garder à l'esprit que le salut peut aussi servir de diversion, d'entrave mentale pour l'autre. En effet, il conditionne au respect d'un rituel, et celui qui garde la capacité mental de l'enfreindre possède alors un avantage sur les autres. Le maître d’arts martiaux s’entraîne souvent à ne pas saluer, parce qu’il veut pouvoir tuer un élève qui essayerai de le trahir par surprise. Un assassin saute sur son adversaire au moment du salut. Bien que des règles soit nécessaires pour s’entraîner, et que le rituel protège, le pratiquant devrait toujours faire attention à ne pas trop s’inféoder à celui-ci.

Les rituels sont le premier pas vers les habitudes qui sont le premier pas vers le dogme, qui sont le premier pas vers la servitude mentale que l’on s’inflige à soi-même. 

Le placement des élèves lors du salut général dans un dojo trouve, lui aussi, une explication martiale. Les élèves étaient placés dos au mur sur lequel se trouve l'entrée du DOJO. Les moins gradés à proximité de la porte, les plus gradés en étant éloignée et les professeurs et maîtres encore davantage, se tenant face à ce mur. Ainsi, en cas d'attaque surprise, les élèves les moins gradés mourraient en donnant le temps aux élèves plus gradés d'intervenir pour défendre le maître, détenteur du savoir de l'école. 

Enfin, de nombreux symboles sont inscrit dans le rituel du salut. En position MUSUBI DACHI, les pieds sont joints et ouverts à 45°. Ils forment alors un triangle, symbole de paix. Le même triangle se retrouve dans la position des mains lorsqu'on les place au sol pendant le ZAREI. MUSUBI signifie «se relier». Il est à noter que cette signification a été apportée à cette position à posteriori, car au départ, le salut debout ( RITSUREI ) est une copie du salut militaire des armées européennes, ou l'on faisait claquer les bottes l'une contre l'autre. 

On trouve un autre exemple de symbolique forte, liée au rituel du salut lors du « SHOMEN NI REI », qui introduit l’extérieur du DOJO dans le cercle de la pratique. Le SENSEI et les pratiquants s’inclinent tous ensemble vers ce qui est « plus haut » (le sens du mot SHOMEN). Il peut s'agir des ancêtres de l’école dans le cas d’un portrait, mais aussi, d'une façon plus symbolique, d'un complément essentiel du « microcosme » du dojo : le « macrocosme » qui l’entoure, l’univers dans lequel nous évoluons, l’idéal à atteindre, la Voie. A cet égard, la disposition des élèves et du SENSEI est importante : tournés ensemble vers le SHOMEN, le SENSEI devient alors un relais entre les élèves et cet idéal, cette dimension sur-humaine qui doit être symboliquement liée à la pratique quotidienne. 

« On dit que la Voie du guerrier est la double Voie de la Plume et du Sabre, et il devrait prendre goût aux deux Voies. » Le traité des cinq roues - Miyamoto Musashi 

Voilà l'analyse global que je fais du salut au travers de ma fiche SHIN. Cette dernière partie me servira à tirer des conclusions de cette analyse, et à réfléchir à ce que ce travail m'aura apporté d'un point de vue personnel. Après avoir eu l'idée du salut comme sujet, je me suis posé la question, « pourquoi le salut ? » 

Et ce que j'en pense au final? 


Si ma première fiche SHIN, pour la ceinture orange, fait l'analyse d'une citation en rapport avec les arts martiaux, le sujet que j'y traite est assez restreint. Avec une année de pratique supplémentaire, je me suis rendu compte que plutôt que de traiter des sujets très détachés les un des autres à chaque ceinture, je préférais voir sur le long terme, et réfléchir à des thèmes qui se raccordent, et qui on un lien direct avec ma pratique des arts martiaux. Cette réflexion fait suite à la remarque de mon professeur Frédéric qui soulignait le fait qu'au fil des années, le travail SHIN devait devenir de plus en plus un travail d'introspection visant au développement personnel. 

J'ai donc eu l'idée d'analyser ma pratique morceau par morceau, et il m'a semblé que celle ci trouvait son point de départ lors du salut. C'est le geste qui marque le début de l’entraînement, celui que l'on apprend le premier jour ou l'on pousse la porte d'un dojo, avant tout le reste. C'est aussi le premier des KUN de maître Gichin FUNAKOSHI, et j'aime croire que ça n'est pas un détail. 

De plus, j'avais une certaine appréciation du rituel du salut, une image idéaliste de celui-ci, je me disais, « J'aime bien saluer, c'est une bonne pratique, c'est élégant, et c'est important ! ». Mais je savais aussi que derrière cet à priori, je n'était pas capable d'expliquer précisément pourquoi. Pourquoi je salue ? En quoi est-ce une bonne pratique ? En suis-je certain ? 

Je souhaitais également pouvoir effectuer un salut honnête, mais je sentais que cela ne serait possible qu'une fois que j'aurais fait l’effort de réfléchir à ces questions. Enfin, en découvrant les arts martiaux, j'ai eu et j'ai encore le sentiment que plus j'en apprends, plus il me reste à apprendre. La pratique du salut ne devait pas faire exception et j’étais donc certain d'avoir encore beaucoup de choses à découvrir sur le sujet. 

Avant d'écrire cette fiche, j'avais une vision très idéalisée et inévitablement incomplète du salut. En réalité je portais ce regard sur l'ensemble de la pratique des art martiaux. En plein dans le cliché qui nous est vendu dans certains films et autres éléments de la culture populaire occidentale, le salut représentait pour moi une preuve que les arts martiaux apportent plus que la capacité de frapper efficacement. Le rituel du salut, et par extension les arts martiaux, c'était pour moi à la fois la pratique du respect, de la maîtrise de sois, de la rigueur et de l'humilité. 

C'était aussi un geste codifié, hérité de la tradition et de la culture Japonaise, que je trouve intéressante. Et à l'époque, tout ce qui pouvait être traditionnelle avait pour moi automatiquement une connotation positive. 

M’intéresser de plus prêt aux origines du salut ainsi qu'à ses différents sens, m'a permis de confirmer mon pressentiment, à savoir le fait qu'il y avait derrière cette pratique en apparence si simple une multitude de choses à comprendre. Désormais, quand je saluerais un partenaire, j'aurais le choix du sens de mon salut. Je saurais pourquoi je décide de m'y astreindre, et pourquoi c'est important, sans me confondre aveuglement dans une pratique qui tôt ou tard serait devenue un automatisme. 

En ayant conscience des différentes applications du salut, je pense que l'on peut en faire un meilleur usage. Que ce soit pour penser à sa respiration, focaliser son attention sur son partenaire, ou même prendre un instant pour vérifier qu'il n'y a pas de trou dans les tapis, chaque salut a en fait le sens que l'on lui donne sur le moment, si tant est qu'il soit fait de façon réfléchie. 

Aussi, je garderais désormais dans un coin de mon esprit l'essence moins honorable du salut. Celle qui le rapproche davantage de l'art de guerre que de l'autodiscipline. Bien que l'époque ne sois plus aux tentatives d’assassinats par surprise dans nos sociétés apaisées, il est nécessaire de se souvenir ce que sont les arts martiaux à l'origine, pour en tirer un maximum d'enseignements, plutôt que ceux-là seuls que l'on veut bien y trouver. 

Pour conclure tout en faisant le lien avec ma prochaine fiche, je m’interroge désormais sur de nombreux sujets. D’où vient cette forme d'idéalisation des arts martiaux, qui a tendance à faire oublier leur but d'origine au profit d'une image plus apaisée et vertueuse ? A-t-elle des effets bénéfiques ? A quels autres travers que celui d'une vision restreinte de la réalité, peut mener cette idéalisation ? L'excès de rigueur en est-il un ? La rigueur infaillible dans la pratique des rituels codifiés est elle nécessaire, ou faut-il toujours garder de la souplesse d'esprit pour éviter que les codes ne se transforment en entraves ? Peut-on être rigoureusement souple ? La voie du karaté commence par le salut. Maintenant que je sais mieux saluer, je peux commencer à pratiquer.


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Auteur : Matthieu HAUTEM
Grade Présenté : Ceinture verte
Publication : Janvier 2019
Supervision  : Frédéric GARCIA

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