Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

mardi 3 octobre 2023

Ecriture & Arts martiaux : Même combat ?

Quel parallèle peut-on faire entre l’écriture d’un roman et les Arts Martiaux ?

Transmettre, apprendre, grandir, canaliser son stress, se concentrer ou à l'inverse se vider la tête… se sont tout un tas de caractéristiques que nous pouvons attribuer autant aux Arts Martiaux qu’à l’écriture d’un roman. Deux activités qui au premier abord pourraient sembler bien opposées mais qui pourtant en plus en commun que nous pourrions l’imaginer.

Objet de fantasme, les Arts Martiaux en ont fait rêver plus d’un. Manier le nunchaku comme Bruce Lee, se servir de ses poings comme Jackie Chan ou histoire d’amour interdit à la Tigre et Dragon de Wang Dulu. L’art du combat, s’est développé et adapté à son époque et pays tel le karaté de XXX s’est finalement transformé en karaté de XXX.



Comme l’écriture (au sens propre et non dessiné) sa fonction première à changer. Textes courts et rythmés de la poésie, mener l’intrigue jusqu’au bout dans un polar, ou nous faire voyager à travers dimension et espace dans un roman de science fiction, il existe là encore, une multitude de dérivations. Il est donc important de trouver son style pour s’épanouir et trouver les bénéfices que l’on souhaite obtenir dans la pratique de ces arts.

Une fois cette première tâche accomplie, s’ensuit un processus d’apprentissage et exercice pour parvenir à maîtriser et aller au plus loin de son activité.

De manière générale, il est important de s’attaquer de manière assez régulière à ces disciplines, pour maintenir et entraîner son esprit mais aussi son corps (oui, les crampes aux doigts et mal de poignet peuvent vite arriver avec l’écriture !). Cela permet une évolution plus rapide de nos résultats, mais pas seulement. En choisissant de pratiquer et de maintenir durant des dizaines d’années une activité de “loisir”, c’est que nous y trouvons des bienfaits. Il est donc important de comprendre ce qu’elle nous apporte tout au long de la pratique pour connaître l’influence qu’elle a dans notre vie au quotidien.

La pratique, une activité en trois parties

Dans l’écriture d’un roman comme dans les Arts-Martiaux, il existe trois étapes importantes pour une pleine satisfaction.
  • L'échauffement, cette phase avant la pratique qui permet la mise en route du corps et de l’esprit,
  • La pratique, durant lequel, nous nous employons à notre activité avec plus de technicité,
  • L’après, lorsque l’endorphine redescend et que nous pouvons avoir un réel recul sur le travail effectué.

L’échauffement

Comme dans de nombreuses disciplines, il est important de se préparer avant de commencer la pratique. C’est ce que nous appelons la phase d’échauffement.

Il y a évidemment, la préparation physique en échauffant les muscles, en faisant monter le cœur, en chauffant le corps ou au contraire, en s’installant confortablement pour passer la prochaine heure assise, se munissant de bonbon et d’une bouteille pleine à proximité.

Mais il y a aussi la préparation mentale qui sert à laisser de côté le stress et les angoisses de la journée pour se concentrer plus facilement sur le bon déroulement de la pratique.

Le reste de la session va beaucoup dépendre de l’allure que nous donnons à l’échauffement, il est donc important de ne pas passer outre cette première étape car c’est elle qui permet de faire monter la motivation et l’énergie nécessaire à la suite.

Très souvent l’échauffement se rapproche de l’activité que nous pratiquons car nous n’allons pas préparer le même matériel comme, par exemple, pour le cours du samedi entre les Kobudokas et les Karatékas. Les muscles à échauffer ne seront pas non plus les mêmes, en karaté Jutsu, nous échauffons moins les articulations des poignets par exemple que nous le faisons en kobudo.

Dans l’écriture, c’est pareil, il est important de structurer en amont de l’écriture le déroulement de notre écrit. Avoir l’idée, la structurer sous forme de plan pour ensuite pouvoir la dérouler. De même que dans les arts martiaux, si nous travaillons la grammaire et l’orthographe de notre texte nous n’allons pas nous entourer des mêmes éléments que si nous travaillons les personnages.

Une fois notre échauffement terminé, une première sensation de satisfaction devrait s’être installée car le corps commence déjà à ressentir les bienfaits de cette mise en préparation. Il est à la fois plus libéré et en même temps plus motivé pour ce qui arrive ensuite.

La pratique

Maintenant que le corps et l’esprit sont près, il est temps de se concentrer pleinement dans l’avancement de notre activité. Gestes techniques, apprentissages de nouveaux mouvements, développement de nouvelles idées ou encore perfectionnement de points déjà acquis, les sessions peuvent être diverses et variées.

C’est aussi à ce moment que certains obstacles peuvent se dresser devant nous. Blocages physiques ou psychologiques, échecs, énervements… Il est essentiel de savoir se recentrer et de piocher de l’aide dans des supports externes.

« Avant de vaincre un adversaire il faut se vaincre soi-même par la maîtrise du corps et de l'esprit. » - Maître Funakoshi
Il existe dans l’écriture, un tas d’outils pour chercher des conseils, que ce soit des sites, visuels ou encore groupes sociaux, il est possible de trouver toutes formes de supports pour toutes sortes d’écritures. A l’inverse, dans les arts de combat, il est plus difficile de trouver du contenu de qualité surtout lorsqu’on débute. Par chance, ADAPTAC possède une large bibliothèque de vidéos ou conseils écrits par les professeurs eux-mêmes. Ces supports vont avoir un rôle d’aide mémoire, nous permettant en tant qu’élève, de lever un doute sur une technique que nous avons comprise mais pas encore bien assimilée ou dans un autre cas, nous permettre d'apprendre cette technique puis de faire valider la compréhension par un enseignant.

Autre outil dont je commence à me rendre compte de son utilité, est le travail du SHIN. L’écriture d’un roman est quelque part une forme d’expression qui nous permet de mettre à plat nos émotions et ressentit. Nous écrivons souvent avec nos émotions ou avec du vécu. C’est pourquoi, J.K.Rolling aurait intégré la scène des parents de Harry Potter dans le miroir, à peine six mois après le décès de sa mère. Cependant il n’y a pas de travail de compréhension fait sur ce que nous écrivons. Chez ADAPTAC, le SHIN est un questionnement plus profond qui nous permet de comprendre certaines de nos réactions et de les appliquer à notre quotidien.

« Car c’est par l’écriture toujours qu’on pénètre le mieux les gens. La parole éblouit et trompe parce qu’elle est mimée par le visage, parce qu’on la voit sortir des lèvres et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais les mots noirs, sur le papier blanc, c’est l’âme toute nue » - Guy de Maupassant
Enfin dernier “outils” et pas des moindres pour progresser, et d’accepter de l’aide extérieure. Une chose pas forcément innée chez tout le monde, car il faut accepter de montrer ses “faiblesses”, points sensibles à une autre personne qui apportera une évaluation, un regard sur notre travail. Pour ma part, cette étape fondamentale a été la plus difficile à passer sur mon travail d’écriture, mais m’a ensuite permis de plus facilement accepter les critiques dans les Art-Martiaux. En effet, lorsqu’une personne lit et donne son avis sur des idées qui sortent tout droit de notre tête, un kata oublié est beaucoup moins dérangeant.

Notre heure de travail touche à sa fin, nous avons donné le meilleur de nous même tout au long de l’exercice, vient maintenant la phase durant laquelle, nous redevenons plus lucide sur le travail accompli.

L’après

Le plus important dans la pratique d’une activité de “loisir” comme celles-ci est la plus value que cela nous apporte. Nous pratiquons pour nourrir notre personne, que ça soit physiquement, culturellement, pour notre égo ou pour notre santé mentale et cela sur une durée de plus ou moins long terme.

Sur l'instant, les endorphines sont aux plus haut et vont commencer à redescendre, il y a à ce moment une certaine satisfaction personnelle avec une sensation de réussite. Je suis arrivée au bout sans m’écrouler, j’ai fait plus que ce que je pensais pouvoir faire. J’ai appris de nouvelles choses que je vais pouvoir mettre en application ou qui vont me permettre de m’élever socialement.

Le tout est de ne pas se créer de stress supplémentaire et de savoir avancer. Comme dans toute pratique qui nous tient à cœur, il y a des doutes et des questionnements (est-ce que ce personnage évolue bien, est-ce que l'intrigue est bonne, est-ce que mon livre va être publié un jour, est-ce que mon niveau est assez bon pour le passage de ceinture…).

Les avancées ne sont pas toujours énormes, mais en étant assidue, en écoutant les conseils de personnes plus informées et autres conseils cités précédemment, cela laisse place à de petites victoires qui font du bien au moral. Peut-être que je n’aurais pas terminé le chapitre sur lequel je voulais avancer mais j’aurais approfondi celui-ci, corrigé, mis à plat mes idées… Le tout est de se demander ce que je peux améliorer pour la fois suivante.

Il est plus rare de se questionner sur les bienfaits à long terme, et le travail de réflexion fait pour SHIN est aussi là pour ça. Il m’a permis de faire un point sur ces deux années de pratique du karaté et quatre années d’écriture.

Qu’est-ce que l’un a apporté à l’autre ?

Que ce soit dans la pratique des Arts-Martiaux ou l’écriture de mon roman, j’ai pu découvrir certaines facettes de ma personnalité que je ne pensais pas découvrir un jour. Finalement lorsque ces deux activités s’entre-choque, elles ont non seulement des points communs pour moi mais vont aussi se compléter.

L’écriture m’apporte une certaine curiosité culturelle que j’ai pu continuer de développer avec ADAPTAC. Comme dit de nombreuses fois, beaucoup de clubs de sport d’Arts-Martiaux ne vont pas prendre le temps de remonter sur les traces du karaté, des maîtres qui ont fait son histoire et encore moins à imprimer des fiches cultures. Et peut-être que sans cette ouverture gagnée avec la lecture et l’écriture, cette partie m’aurait été ennuyeuse.

A l’inverse, les Arts-Martiaux me permettent d’agrémenter mon écrit avec des connaissances techniques, du vocabulaire et des ressources dont je n’aurais pas eu connaissance. Le fait de mieux comprendre comment fonctionne le corps humain (au repos/travail, l’équilibre, les muscles…) m’ont permis de développer un sens de l’observation des personnes qui m’entourent au quotidien et ainsi ajouter tout un vocabulaire non verbal à mes personnages.

Mais la pratique du Karaté et l’écriture d’un roman, ne se rejoignent pas seulement sur de la culture ou du physique mais aussi dans la façon d’aborder la vie au quotidien.

Les horaires fixes que demande le sport, même dans les mauvaises journées, fatigue ou froid de l'hiver m’ont permis de gagner en assiduité dans l’écriture mais aussi dans mon travail. L'écriture, elle m'a permis de gagner en concentration et de l’appliquer dans les Arts-Martiaux. Il est souvent difficile de se concentrer sur une tâche pour laquelle nous avons peu de motivation et ce malgré notre échauffement. Pourtant il est essentiel de rester focus pour avancer mais surtout dans un sport comme les arts de combat, pour ne pas se blesser ou blesser son partenaire.

Pour ma part, le travail des Arts-Martiaux complète celui de l’écriture et permet une stabilité d’esprit. Les Arts-Martiaux, permettent de se libérer en transpirant, en repoussant ses limites physiques et surtout d’avoir un contact social quand au contraire, l’écriture va permettre une introspection. Il n’y a personne pour tenir le crayon à part nous même et c’est donc aussi un exutoire du trop plein social.

Dans tous les cas, les deux permettent de me prouver ma valeur. Je suis capable d’aller chercher au fond de ma tête toutes sortes d'idées pour en faire une histoire, comme je suis capable de mettre quelqu’un au tapis. Je ne sais pas faire 3x4 sans ma calculette mais j’ai plein d’autres atouts cachés dans mes manches !



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Auteur : Axelle REY
Grade Présenté : Ceinture orange
Publication : Septembre 2023
Supervision  : Frédéric GARCIA

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