Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

vendredi 6 janvier 2023

Pratiquer plusieurs disciplines martiales en parallèle

Je pratique les arts martiaux depuis plusieurs années maintenant. J’ai commencé par le Judo JuJutsu puis ensuite j’ai rejoint la NBJS pour pratiquer du Karaté Jutsu. Après quelques années de pratiques cependant et suite à une contrainte personnelle liée à un changement de travail et de location, j’ai été amené à chercher une pratique de remplacement qui m’a permis de tester plusieurs arts martiaux dont notamment le judo sportif, le Nihon tai Jutsu, le Jiu Jitsu Brésilien. C’était une démarche plutôt qualitative qui m’a permis de choisir le Yoseikan budo par exemple car c’était celui qui se rapprochait le plus de mon école précédente et de mon état d’esprit.

Et suite à ce changement je me suis habitué à l’idée de pratiquer plusieurs disciplines martiales. Aujourd’hui, je continue encore à pratiquer plusieurs disciplines martiales en parallèle et avec du recul, je voudrai analyser les bénéfices d’une telle pratique dans mon évolution en tant que pratiquant. En effet, pratiquer plusieurs disciplines martiales en parallèle nécessitent du temps, de l’engagement et forcement si les bénéfices qui en sont tirées ne sont pas à la hauteur de l’investissement, il faudrait peut-être remettre en question la pratique. Bien sûr quand nous parlons d’arts martiaux, nous parlons forcement de bénéfices sur le plan physique, techniques et mentales. Mais au-delà de ces bénéfices et compte tenu des engagements liés à une pratique multidisciplinaire, il faut voir également les bénéfices sur la connaissance de soi, l'amélioration de la qualité de vie, la force mentale... et donc plus généralement le développement personnel...
L’objectif de cette fiche est donc de permettre à des pratiquants d’arts martiaux de comprendre comment ils peuvent utiliser la pratique de plusieurs arts de combat en parallèle comme outil d’amélioration de leur développement personnel.

"On pratique les arts martiaux en tant de guerre pour survivre... ...et en temps de paix pour vivre plus longtemps."

1. Les arts martiaux dans un objectif de développement personnel

1.1. Arts martiaux et développement personnel

Le développement personnel est une notion très large qui pourrait englober beaucoup de significations. Il est difficile généralement de trouver une définition précise sans oublier des aspects du développement personnel. Mais pour le thème que nous intéresse, nous allons définir le développement personnel comme « un terme général qui englobe de nombreuses approches différentes de l’amélioration de soi ou plutôt de mieux vivre avec soi. Dans son contexte le plus large, le développement personnel pourrait englober tout ce qui implique une croissance personnelle à tous les niveaux, c’est-à-dire physiquement, émotionnellement, mentalement et spirituellement. ». Cette définition permet de comprendre que le développement personnel va mobiliser tous les outils qui vont agir sur la croissance personnelle sur le plan physique, émotionnel, mental et spirituel.

Par analogie, la pratique d’une discipline martiale contribue à la fois au développement du pratiquant sur le plan physique, émotionnel et mental. En effet, la pratique du Budo va emmener le pratiquant vers la recherche de l’accomplissement du SHIN, GI, TAI à travers une démarche consciente ou inconsciente. Comme toute démarche de recherche, celle-ci va prendre du temps et commence souvent par une simple démarche de recherche d’accumulation et de maitrise des techniques de la discipline martiale (GI). En parallèle, il va également améliorer ses capacités physiques à force de répétition et d’exercice de plus en plus difficile (TAI). Enfin, le pratiquant va se rendre compte que plus il évolue et plus il a besoin également de capacités mentales solides car les techniques deviennent de plus en plus dures et les sparrings plus durs requièrent un dépassement de ses limites mentales. C’est à ce moment qu’il va contribuer à son développement mental (SHIN). Les arts martiaux vont donc contribuer de façon progressive au développement personnel du pratiquant.

Dans la continuité de cette logique, si nous pouvons considérer que la pratique martiale est un outil de développement personnel alors pratiquer plusieurs disciplines martiales en parallèle pourraient avoir un effet multiplicatif sur le développement personnel du pratiquant. L’exemple le plus parlant dans ce cas serait celui des grands maitres d’arts martiaux qui ont généralement plusieurs ceintures noires et grades dans plusieurs disciplines martiales. 
Commentaire du superviseur : Attention c’est vrai mais surtout au début de leur parcours, ensuite pour la plupart d'entre eux, ils approfondissent une voie, et le plus souvent, il créée la leur !!!
En effet, non seulement ces grands maitres sont à un niveau très avancé sur le plan physique et techniques mais ils souvent arrivés à un stade où ils ont acquis de la sagesse qu’ils transmettent aux travers de leurs enseignements. C’est la preuve qu’ils ont pu trouver dans les arts martiaux un excellent outil de développement personnel.

Nous pouvons donc supposer que pratiquer plusieurs les arts de combat en parallèle est un excellent outil pour contribuer au développement personnel du pratiquant. Mais pour utiliser correctement cet outil, il faut tout d’abord qu’il sache où il en est par rapport à son développement personnel.

1.2. Faire le point sur son développement personnel en tant que pratiquant afin de comprendre quels sont ses besoins

Pour qu’un pratiquant envisage d’utiliser la pratique pluridisciplinaire comme un outil de développement personnel, il doit d’abord faire un état des lieux de son développement personnel. Ce bilan devrait se faire sur les différents aspects considérés : physique, émotionnel, mental et spirituel.

Nous avons ci-dessous un exemple simplifié de critères d’évaluation qui pourraient être utilisés. Bien sûr chaque élément devrait être adapté en fonction du pratiquant.


L’objectif de cet état des lieux est de voir les acquis en termes de développement personnel mais également de mettre en exergue les lacunes et besoins du pratiquant sur le plan du développement personnel et qu’il pourrait combler à travers la pratique pluridisciplinaire. Pour mieux illustrer ces critères, j’ai réalisé un état de lieux de mon stade développement personnel sur la base des mêmes critères. Ainsi, je me suis rendu compte que j’arrive à mieux gérer le stress de la vie quotidienne depuis que je pratique les arts martiaux. Par ailleurs, les arts martiaux m’ont donné plus de confiance en mes capacités et m’ont permis de mieux gérer mon introversion. Sur le plan physique par exemple, je suis maintenant capable de mieux gérer ma respiration pendant les périodes d’effort intense et enfin, sur le plan technique, je suis capable depuis quelques temps de faire des enchainements plus réfléchies et non plus juste apprises par cœur à travers les drills. A contrario, je me suis également rendu compte que sur le plan mental, je n’arrive pas pour l’instant à dépasser mes limites sans que j’y sois forcé. Ça ne vient pas de façon innée. J’ai constaté également que sur le plan physique, je mets plus de temps pour récupérer des sessions d’effort intenses. Par ailleurs, il y a encore pas mal de techniques que j’ai encore du mal à maitriser.

Grace à ce bilan, je sais donc exactement quels éléments j’ai besoin d’améliorer et comment orienter ma recherche sur les disciplines martiales que je pourrai pratiquer en parallèle de ma pratique actuelle pour m’aider à répondre à ces besoins.

1.3. …Tout en tenant compte des différentes contraintes

Il faut savoir cependant que faire le point sur les besoins n’est pas suffisant car il faut tenir compte également des contraintes liées à la pratique pluridisciplinaire (internes et externes). En effet, pratiquer plusieurs disciplines martiales n’est pas chose facile et pour pouvoir en tirer pleinement profit, il faut connaitre les différentes contraintes liées et savoir jongler avec. Les contraintes dont nous parlons peuvent être classées comme interne et externe. Les contraintes considérées comme internes sont généralement les contraintes liées aux différents disciplines martiales choisis et leurs impacts sur le plan physique, techniques et mental du pratiquant. Nous allons voir ci-dessous quelques exemples de ces contraintes. Bien sûr la liste n’est pas exhaustive et peut changer selon les pratiquants.

La première contrainte est liée aux exigences physiques des différentes disciplines martiales. En effet, chaque discipline martiale a un impact plus ou moins important sur le corps du pratiquant à cause des différentes exigences en termes de cardio, de flexibilité, de nombre d’entrainements mais également d’orientation de la pratique. Certaines pratiques par exemple consistent uniquement à faire des katas (formes) et donc jouent beaucoup sur l’endurance musculaire et la capacité à effectuer des mouvements plus ou moins complexes. Si le pratiquant n’est pas très flexible ou possède une mobilité réduite de certaines articulations, effectuer correctement les mouvements sera difficile et la progression va prendre beaucoup de temps. D’autres arts martiaux peuvent être plus orientés vers le combat libre (sparring) avec des niveaux plus ou moins durs (présence de compétiteurs dans le club par exemple). Dans ce cas, le pratiquant devra être capable d’avoir un bon cardio et doit savoir maitriser rapidement les techniques sans se blesser (exemple avoir les bons appuis). La contrainte liée au corps a surtout un impact sur la capacité de progresser du pratiquant (gestion de la fatigue, blessures, récupérations…).

La seconde contrainte est liée aux exigences techniques des différentes disciplines martiales. Chaque art martial possède des exigences techniques plus ou moins différentes liées à l’évolution historique de celui-ci, la pédagogie de l’instructeur et son expérience, mais également liées aux règles des combats (valable surtout pour les combats sportifs comme le judo, le kyokushin ou encore le sanda). Par exemple, nous savons que beaucoup de sports de combat possèdent un coup de pied circulaire (mawashi geri en karaté) que ce soit en Tae kwondo, en Muay thai ou encore en kickboxing. En y regardant de près cependant, nous constatons que la technique utilisée en Muay thai est différente de celle utilisée en MMA. Le Muay thai privilégie la force en engageant toute la hanche quitte à avoir un coup de pied plus lente. Si le pratiquant utilise cette technique en MMA, l’adversaire sera capable d’intercepter le coup de pied en contrant et en effectuer une projection. Du coup, si un pratiquant de Muay Thai veut faire du MMA en plus, il doit être conscient de cette contrainte liée au coup de pied circulaire afin de ne pas se faire projeter facilement.

Par ailleurs, certains arts martiaux peuvent également développer des habitudes qui sont très efficaces dans la discipline considéré mais qui pourraient constituer un handicap lorsque celles-ci sont transposées dans d’autres disciplines. C’est l’exemple du Karaté Kyokushin où les pratiquants s’entraînent pour faire des combats rapprochés et des frappes aux corps très rapides sans pour autant pouvoir frapper à la tête avec les poings. A cause de cela, les pratiquants généralement ne se préoccupent pas de leurs gardes. S’ils voudraient par la suite pratiquer le Kickboxing à côté, ils vont avoir beaucoup de mal à cause des coups à la tête. Bien sûr avec le temps, il est possible de se débarrasser de ces habitudes. Mais, il faut être conscient du fait qu’il savoir s’adapter. Par exemple, le pratiquant de Kyokushin qui veut faire du kickboxing en parallèle devra être capable de garder ses habitudes lors de ces entrainements de Kyokushin et d’adapter celles-ci lorsqu’il sera en cours de kickboxing (garde haute, plus de footwork…)

Au-delà des contraintes « interne », il faut également prendre en compte les contraintes qui sont « externes ». Les contraintes considérées comme externes sont plus généralement liées à la vie personnelle du pratiquant. En effet, pratiquer plusieurs disciplines martiales en parallèle nécessite du temps. Le pratiquant doit donc être capable de s’organiser pour se dégager du temps et à jongler avec ses responsabilités et son travail. La difficulté sera surtout de garder les mêmes temps disponibles pour chacune des disciplines choisies afin de progresser correctement et bénéficier des avantages de la pratique pluridisciplinaire.

1.4. … Pour ensuite mieux choisir les disciplines martiales qui répondent aux besoins et tiennent compte des contraintes

A ce stade de l’introspection du pratiquant, il doit être capable de connaitre exactement ses besoins et contraintes pour orienter ses recherches sur le type d’arts martiaux qu’il voudrait pratiquer en parallèle de sa discipline principale. Dans cette démarche de recherche des disciplines qui sont intéressantes pour combler les lacunes, il y a généralement deux types de méthodologies possibles.

La première méthode consiste à chercher une discipline centrale et des compléments spécifiques sur certains sujets en fonction des besoins et contraintes définies par le pratiquant. Le pratiquant peut par exemple choisir une discipline centrale comme le judo. Bien sûr le judo étant orienté généralement plus sportif avec des compétitions, sur le plan mental, le pratiquant pourrait déjà avoir ce qu’il faut en termes de dépassement de ses limites. Ou alors, il pourrait également chercher à trouver des adversaires plus fort. Sur le plan physique, ses besoins sont peut-être liés à l’amélioration de son footwork. Enfin, sur le plan technique, il voudrait rajouter du pieds poings à son répertoire technique. Dans ce cas, le pratiquant pourrait par exemple pratiquer en parallèle du judo, du kick Boxing, du combat Sambo ou du MMA. En faisant du MMA par exemple, il capitalisera sur ses acquis en judo pour la lutte et rajoutera à son répertoire les techniques de pieds poings. Il pourrait également participer à des tournois de MMA pour affronter des adversaires plus versatiles et donc progressera sur son coté Shin.

La seconde méthode possible consiste à chercher la meilleure combinaison de plusieurs arts martiaux pour répondre à ses différents besoins et contraintes. Dans ce cas le pratiquant cherche à combiner différents arts martiaux qui correspondent à ses besoins. Par exemple s’il a besoin d’être fort en lutte tout étant capable de se défendre en pieds poings, il choisira le grappling et le kickboxing. Un autre cas possible est de choisir un art martial spécifique à chaque distance de combat. Par exemple, le pratiquant va vouloir pratiquer en même temps de la boxe française pour la distance pieds poing, la lutte pour la distance de lutte et le jujitsu brésilien pour le sol. Aucune des deux méthodologies n’est meilleur que l’autre. Il faut juste être conscient du fait que le choix d’une méthodologie doit être cohérente avec les besoins et les contraintes du pratiquant. Par ailleurs, nous pouvons constater que la première méthodologie serait plus adaptée pour quelqu’un qui a déjà une pratique établie. Alors que la deuxième méthodologie serait plutôt à favoriser pour quelqu’un qui commence une pratique et qui aurait plus de temps pour pratiquer plusieurs disciplines en parallèle.
Commentaire du superviseur : : Autant pour la première méthode c'est relativement vrai, autant sur la seconde, un débutant pourrait contruire un patchwork sur le plan pratique mais comment saurait il quel mix faire dans la mesure où il n’a pas de connaissance à part des apriori…
Dans mon cas personnel par exemple, j’ai privilégié la première méthodologie dans mes recherches. En effet, j’ai déjà une base assez bien établie avec le karaté jutsu et mes besoins et intérêts consistaient surtout à réussir à dépasser mes limites (SHIN). J’ai donc privilégié en parallèle des disciplines avec beaucoup de combats libres (sparrings) comme la boxe, le kickboxing et le muay thai. Sur le plan physique, je voulais pratiquer des arts qui m’aideront à dépasser mes limites physiques. Là encore, j’ai privilégié les disciplines avec beaucoup de combats (sparrings). Enfin, sur le plan technique, je cherchais surtout à rajouter de la variation dans mes techniques. Pour répondre à ce besoin, j’ai plus cherché du côté des disciplines comme le Yoseikan budo avec le concept de l’ondulation et du Wushu sanda avec l’efficacité de la lutte debout. Aujourd’hui du coup, je pratique le sanda en parallèle du Karaté Jutsu. Cela m’a permis de trouver la complémentarité que je recherchais et m’a permis également de m’améliorer sur le SHIN GI TAI. En effet côté SHIN, le sanda m’a permis de me pousser plus à dépasser mes limites (grâce à la participation à ma première compétition par exemple). Sur le plan physique, avec les cours de combat Koshiki et le sanda, j’ai appris à mieux gérer les efforts sur mon corps et à privilégier la récupération active. Enfin, sur le plan technique, j’ai rajouté plus de variantes sur mes techniques d’interception pour pouvoir ensuite enchainer au sol.

L’objectif de cette première partie est de permettre à un pratiquant de trouver une approche qui lui permettrait de choisir plusieurs disciplines martiales à pratiquer en parallèle pour contribuer à son développement personnel. Dans la seconde partie, nous allons définir les principes qui permettrait au pratiquant de tirer profit pleinement de la pratique pluridisciplinaire tout en évitant les écueils qui pourraient nuire à son progrès.

2. En pratique, comment combiner les différentes disciplines ? 



Lorsqu’un pratiquant choisit de pratiquer plusieurs disciplines martiales en parallèle pour améliorer son développement personnel, il doit progresser correctement dans les différentes disciplines choisies. Cela passe par la régularité de la pratique, la compréhension et l’envie d’apprendre et d’autres choses également. Il faut donc comprendre les principes qui permettent de profiter pleinement sur tous les aspects plutôt que de cumuler juste un répertoire technique

2.1. Les principes clefs pour profiter pleinement...

Il ne s’agit pas d’énoncer une liste exhaustive de principes à appliquer pour utiliser sa pratique pluridisciplinaire à la contribution de son développement personnel. Il s’agit plutôt de trouver une attitude à adopter et une façon d’apprendre qui seront les clés de la progression dans les différentes pratiques.

Le premier principe est d’adopter l’« Esprit ceinture blanche ». 
L’une des difficultés qu’un pratiquant de sport de combat rencontre lorsqu’il apprend un ou plusieurs nouveaux arts martiaux est la capacité à laisser de côté les acquis dans les autres arts et de commencer avec un esprit de débutant complet. Qu’est-ce qu’on entend par esprit « ceinture blanche » ? Nous entendons par là tout d’abord, comprendre les spécificités da la discipline choisie. Bien sûr comme nous avons choisi nous même les disciplines à pratiquer en parallèle selon les étapes définies précédemment, il semble difficile de penser que nous ne connaissons pas la discipline que nous avons choisie. Ce n’est pas le cas. Il s’agit juste de confronter des connaissances théoriques à travers des recherches (vidéos, cours d’essai, …) avec la réalité telle qu’elle est définie par le professeur et les autres élèves expérimentés. Et c’est important si nous voulons progresser dans la nouvelle discipline et l’utiliser comme outil de développement personnel. Comprendre en détail les spécificités du nouvel art martial permettra de comprendre en amont si les bases que le pratiquant a acquis dans sa discipline principale seront utilisables avec certes les adaptations nécessaires ou s’il faut complètement les mettre de côté lors de la pratique du second sport. De cette façon, le pratiquant pourra évaluer également quel programme il devrait mettre en place pour assurer sa progression car le temps qui lui prendra pour apprendre tout un panel de nouvelles techniques sera plus long que s’il devait juste mettre des ajustements sur certains mouvements.

Dans mon cas par exemple, j’ai voulu pratiquer le Yoseikan Budo car au-delà du fait qu’il avait les mêmes ascendances martiales que la NBJS, il proposait également des combats pieds poings projection et lutte au sol. C’est ce que je cherchai dans un nouvel art martial. Lorsque j’ai débuté les cours j’ai discuté avec le professeur à qui j’ai expliqué mon parcours martial. Il m’a alors expliqué qu’effectivement je n’aurai pas trop de problèmes à m’adapter concernant les techniques car il y beaucoup de similitudes. Par contre, l’une des principales difficultés que j’avais était liée à mes positions qui sont plus « Karaté » et donc très stables alors que le Yoseikan privilégiait moins la rigidité et les positions basses. Je devais également apprendre des nouvelles positions qui est plutôt différentes des positons auxquelles j’étais habituées. Je me suis rendu compte du coup que je pourrai progresser plus rapidement au Yoseikan sachant que je pourrai utiliser les répertoires techniques de la NBJS et que ma progression devait se focaliser sur l’apprentissage des nouvelles techniques plus avancées et des positions spécifiques à Yoseikan.

Le second principe consiste à privilégier la compréhension des principes sur lesquels reposent les techniques au lieu de mémoriser les techniques de façon isolée. 
L’objectif est de se focaliser sur les principes démontrés à travers les différentes techniques afin d’apprendre plus rapidement les étapes clés de la technique et de comparer les similarités existantes dans les autres arts martiaux pratiqués. Lorsqu’un pratiquant connait les principes derrière une technique, il lui sera plus facile de maitriser la technique plus rapidement et de l’adapter plus facilement en fonction du contexte. Prenons l’exemple d’un low kick (mawashi gedan). En théorie, le low kick correspond au même mouvement pour la plupart des arts martiaux, c’est-à-dire un coup de pied circulaire qui vise les jambes. La spécificité derrière chaque art martial réside dans la façon d’exécuter ce coup de pied circulaire. En Muay thai par exemple, le coup de pied sera envoyé avec beaucoup de puissance quitte à réduire la vitesse d’exécution de celui-ci. En Karaté, l’exécution favorisera plutôt la vitesse d’exécution et donc un peu moins la puissance 
Commentaire du superviseur : Absoluement faux, le MAWASHGI GERI du KARATE est très similaire, surtout en GEDAN au low-kick de MUAY THAI, en fait il y a même une des variantes, le SUNE GERI qui est le low-kick du MUAY THAI…. 
Ainsi pour un pratiquant qui fait à la fois du Karaté et du Muay Thai ou Kick Boxing, il devra plus retenir les deux façons de lancer le low kick de sorte que lors des sparrings en Muya Thai, il ne va pas lancer le low kick façon « Karaté » car cela n’empêchera pas son adversaire d’avancer. Idem, lors des sparring de karaté, il ne faudra pas non plus qu’il lance le low kick façon Muay Thaï pour ne pas se faire intercepter rapidement et donc se faire projeter.

Il est évident dans ce cas qu’en comprenant les principes derrières les techniques, adapter les différentes techniques pour chaque art martial sera plus facile

Le troisième principe est d’avoir l’ouverture d’esprit assez large pour pouvoir et vouloir travailler différemment. 
Ce troisième principe reprend les éléments des deux premiers principes tout en renforçant le côté expérimentation, tester les différentes sensations et vouloir se mettre en difficulté. Il s’agit dans ce cas d’analyser les principes appris et de les comparer avec les techniques déjà acquises. L’objectif dans ce cas est de trouver les similitudes et les différences. Et à partir de là d’analyser et de trouver des situations dans lesquelles l’une pourrait être privilégiée par rapport à l'autre. Cette recherche passe forcément par des phases de test qui seront à privilégier lors des sparrings. Bien sûr, cette phase va prendre du temps mais plus le pratiquant se focalise sur celle-ci et plus il progressera rapidement dans les différentes disciplines tout en étant capable d’utiliser les différentes adaptations techniques trouver.

Dans mon cas par exemple, en pratiquant le Yoseikan Budo qui utilise beaucoup des projections sutemis (dites sacrifices), j’ai appris lors des sparrings des entrées de projections qui sont différentes de celles auxquelles j’étais habitué à la NBJS. Et lors des sparrings, je me suis focalisé sur le travail de ces entrées avec le pied poing. Mon objectif était de trouver ce qui marchait le plus facilement sans que j’ai à apprendre de nouvelles façons de faire complètement nouvelles. Ce fut difficile et a pris pas mal de temps mais j’ai réussi à la fin à combiner une façon plus karaté de faire par exemple la projection « do gaeshi ». En yoseikan, le do gaeshi est généralement exécuté avec un amené au sol alors que la façon plus karaté que j’ai privilégié consiste à exécuter la projection plutôt avec une position stable en kiba dashi sans aller au sol et donc avec plus d’impact sur l’adversaire. Bien sûr, le cas dont je parle reste une simple illustration du principe exposé mais elle montre l’attitude à adopter dans les phases de recherches.

Bien sûr, ces principes ne sont pas exhaustifs et chaque pratiquant doit trouver par lui-même d’autres principes à mettre en place pour tirer pleinement profit de la pratique pluridisciplinaire. Après, la façon de faire et les attitudes à adopter lors de la pratique sont au final issues du bon sens et donc ne devraient pas être difficile à trouver. La difficulté cependant réside dans leur application de façon continue pour assurer une progression constante. Et c’est ce que nous allons voir dans la suite de cette partie.

2.2. … tout en évitant au maximum les difficultés et écueils que les pratiquants multidisciplinaires rencontrent souvent


Pratiquer plusieurs disciplines martiales peuvent être très bénéfiques pour le développement personnel du pratiquant mais il s’accompagne également de son lot de difficultés. Ces difficultés sont souvent liées au fait que le pratiquant multidisciplinaire peut se disperser et avoir du mal à bien progresser car il se concentre sur ce qui avance et est à gratifiant à court terme et donc privilégie plus les techniques les plus faciles et celles sur lesquelles il aurait déjà des bases acquises dans les autres arts martiaux. Dans ce cas, l’objectif de contribuer au développer au développement personnel est mis de côté car le pratiquant ne se met pas en difficulté, il ne choisit pas de se challenger mais plutôt de « flatter son ego ». Et c’est l’écueil à éviter absolument. Bien progresser dans les différents arts martiaux nécessite que le pratiquant se focalise sur les techniques et aspects plus difficiles de chaque discipline. Par exemple, s’il a déjà des bonnes bases sur les techniques de pieds poings, il faudrait qu’il se focalisent plus sur les techniques qu’il ne connait pas du tout ou très peu dans les nouvelles disciplines. Et donc de privilégier l’apprentissage et l’expérimentation de ces dernières lors de sessions de combats libres par exemple. Cela lui permettra de mettre en œuvre toutes ces connaissances pour progresser et donc au final d’avoir un résultat qui contribue réellement à son développement personnel.

Ainsi pour éviter au maximum ces écueils et difficultés et optimiser les résultats de la pratique pluridisciplinaire sur le développement personnel, il faudrait avoir toujours en tête l’objectif d’amélioration continue et se concentrer sur les aspects qui sortent le pratiquant de sa zone de confort. Le plus important est de garder les objectifs qui ont poussé le pratiquant à faire plusieurs sports de combat en parallèle ainsi que les bénéfices potentiels attendus sur le développement personnel. Il sera plus facile dans ce cas de se focaliser sur les aspects qui seront plus difficiles à maitriser des différentes disciplines. Le pratiquant pourra ainsi évaluer ses progrès plus facilement et mettre en relief les efforts qu’il a dû faire pour arriver par exemple à maitriser une technique jugée « difficile ». Le résultat sera d’autant plus gratifiant quand il verra le résultat de ses efforts. 

Il faudrait également que le pratiquant garde le même niveau d’engagement et de progression sur les différentes pratiques. Pour éviter le syndrome de la ceinture « Marron », le pratiquant doit privilégier le même engagement en termes d’apprentissage dans les différentes disciplines et ne pas favoriser une pratique plus par rapport aux autres. Cela passe forcément par une planification et une organisation bien détaillée au début et continuellement suivie. Une fois que les habitudes de pratiques sont bien ancrées, il sera plus facile pour le pratiquant de consacrer les mêmes efforts pour chaque discipline. 

Enfin, le pratiquant doit également prendre du temps pour évaluer régulièrement l'impact et les bénéfices de la pratique plurielle. Encore une fois l’objectif est de toujours mettre en perspective le fait que si un pratiquant fait plusieurs sports de combats en parallèle, il a pour objectif de contribuer à son développement personnel. Ainsi pour ne pas perdre de vue cet objectif, il faudrait qu’il évalue en continue si sa pratique pluridisciplinaire apporte toujours les bénéfices attendus. Pour cela, il lui sera nécessaire d’évaluer ces impacts. Comment ? Tout d’abord il doit se dégager du temps régulièrement pour mettre en perspective les objectifs qu’il a mis en place et par rapport à ce qu’il a appris depuis qu’il a commencé sa pratique pluridisciplinaire. Au début le travail sera forcément moins qualitatif mais plus le pratiquant avance dans le temps et plus il aura du recul pour mieux évaluer les impacts et donc faire des ajustements sur les pratiques si besoin. Cette façon de faire est certes difficile à mettre en place mais c’est la partie la plus importante au final si le pratiquant veut tirer profit de la pratique pluridisciplinaire pour améliorer son développement personnel.

CONCLUSION

En conclusion, pratiquer plusieurs arts de combat en parallèle peut contribuer fortement au développement personnel d’un pratiquant. Pour cela, il faut qu’il fasse tout un travail en amont pour mieux comprendre quels sont ses besoins sur les différentes composantes de développement personnel (physique, technique et mentale). A l’issue de ce bilan, il pourra choisir les disciplines qui répondent à ses besoins tout en tenant compte bien sûr des contraintes liées à la pratique de plusieurs disciplines notamment le temps. Par la suite, il faudrait qu’il garde le même niveau d’engagement et de progression sur les différentes pratiques afin que le pour tirer profit pleinement de la pratique pluridisciplinaire tout en évitant au maximum les difficultés et écueils souvent rencontrés tels que le syndrome de la « Ceinture marron ». Enfin, Il devra prendre du temps pour évaluer régulièrement l'impact et les bénéfices de la pratique plurielle quitte peut-être à arrêter celle-ci si les bénéfices attendus ne sont plus à la hauteur des investissements en temps. Dans mon cas personnel, je me suis rendu compte grâce à cette fiche SHIN que je n’ai pas encore mis en place ce système d’évaluation systémique dans ma pratique pluridisciplinaire. Ce sera le point sur lequel je devrais me focaliser pour les prochaines saisons à venir.

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Auteur : Harindray RAMAMONJIARIMAHEFA
Grade Présenté : Ceinture Verte
Publication : Décembre 2022
Supervision  : Frédéric GARCIA


Références




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