Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

vendredi 29 septembre 2023

La prise de décision ! KIMEZE

"Choisir, c'est renoncer". Cette formule a toujours suscité en moi une certaine gêne. Mon dédain face à cette formule vient-elle de ma facilité naturelle à décider ? Pas vraiment. Coincé entre hésitation, angoisse et procrastination la prise de décision a toujours été chez moi une source de grande difficulté. Et pourtant décider fait partie de nos quotidiens : de la micro décision au jour le jour jusqu’aux grands choix engageants, les décisions façonnent notre environnement et nos vies. A moins bien sûr que ce ne soit l’inverse. C'est en prenant en compte mon expérience personnelle et mes propres obstacles que j'ai entrepris de réfléchir à cette question. Nos décisions, tout comme nos absences de décisions, en disent beaucoup sur qui nous sommes, nos dynamiques, nos valeurs. J’espère que ce texte qui m’est forcément personnel sera susceptible d’aider à la réflexion d’autres personnes qui pourraient se reconnaitre dans ce que je partagerai ici.

I. Mes difficultés à décider

A / Des exemples types.

Lors du confinement j’ai arrêté les arts martiaux. Au moment de la reprise j’ai passé plusieurs mois à me demander si je souhaitais réellement continuer ma pratique et pourquoi. A cette question pourtant simple dans sa formulation - arrêter ou continuer - j’étais incapable de trouver une réponse. M’empêtrant dans des réflexions peu concrètes à me demander ce qui motive ce choix, ce que cela dit de moi…. Je n’arrivais pas à construire une réflexion constructive et mes analyses et avis étaient changeants, instables.

Cet état a abouti à une grande confusion avec son lot de rumination. Il semblait que je ne savais pas formuler ce que je voulais vraiment. Les prémisses de ma réflexion variaient sans cesse. Cette problématique je ne la connais que trop bien. J'ai plus récemment eu les mêmes difficultés sur un choix professionnel.

C’est donc dans ce contexte que j’ai commencé à travailler sur le sujet de la décision. Nous le verrons, les difficultés rencontrées sur ce domaine croisent pas mal d'items précédemment évoqués dans mes autres fiches Shin : la raison, les émotions, le rapport aux autres, la confiance en soi.

B / Un blocage


Mon approche typique face à une décision à prendre consiste à vouloir à tout prix faire le bon choix. Je raisonne en pesant le pour et le contre sans trop savoir finalement sur quel critère je dois me baser : ce qu'il faut faire, ce que je veux faire, ce qui serait le plus prudent, ce que les autres en penseront. Quelles seront les impacts de cette décision sur ma vie à court moyen et long terme ?

Lors de la lecture d'un article sur le sujet, une phrase en commentaire m'a fait réagir :"Si ça se trouve tu n’arrives pas à décider parce que tu anticipes une déception ".Ce commentaire a été une première étape dans la prise de conscience de l'importance de mon climat mental face à la décision.

La déception est une émotion complexe découlant de la tristesse selon la roue des émotions de R.PLUTCHIK. La prise de décision est effectivement associée chez moi à des émotions négatives : honte, peur, angoisse de l'avenir. Je ressens l’injonction à décider comme un piège tendu que je m’efforce de déminer.

Ma stratégie consistait jusqu'à présent à vouloir forcer mes choix. Tel un robot qui prend une décision sur des critères purement logiques. Un comportement assez délétère où je finis par ne pas me reconnaitre et me désolidariser de ma propre décision entrainant ainsi un cycle de culpabilité et de perte de confiance. Ma réponse la plus courante restait donc la fuite. Remettre la décision à plus tard dans l’attente d’une révélation « deus ex machina » ou d’un courage soudain. Ou à me cacher derrière des facteurs externes dans une forme de stratégie de l’échec.

A la réflexion ce comportement n'est pas nouveau. Je le retrouve notamment dans mon histoire personnelle marquée par un évènement traumatique ayant radicalement influencée mon éducation. J'ai évolué dans cet environnement en communiquant moi-même très peu afin de devenir peu lisible et donc peu jugeable.

Ce fonctionnement me poursuit encore aujourd'hui. L'absence de choix peut donner une impression de liberté, une jouissance du temps présent. Si je ne décide pas, je ne peux pas échouer, être jugé. Ce comportement enfantin peut paraitre confortable à court terme. Il est devenu aujourd'hui un piège qui se referme avec son lot de conséquence négatives : isolement, blocage, frustration, perte de confiance.

Il est donc temps d'évoluer.

II. La mécanique de la décision

Qu'est-ce que décider ?

La première acceptation du Larousse nous indique que décider consiste à « prendre le parti de faire quelque chose, se déterminer à entreprendre quelque chose, …». La seconde acceptation nous indique qu’il s’agit de « choisir entre des personnes, des éventualités, opter pour une conclusion définitive qui tranche un débat, une difficulté ».

Décider consiste donc à faire et arrêter un choix. Pour comprendre de quoi nous parlons, il peut être utile de distinguer les grandes familles de décision ainsi que les contingences biologiques et sociologique qui les accompagne.

A / Les types de décisions


  • Dans une première famille
    de décisions nous pourrions regrouper les décisions à trancher J'entends ici les décisions froides et factuelles et relativement peu engageantes à un niveau personnel. Il pourrait typiquement s'agir d'un achat par exemple. Ce type de décision ne me pose pas de problème en particulier et les techniques classiques d'aide à la décision s'appliquent sans problème : prise d'information, comparatif des prix, lecture de test dans l'exemple d'un achat par exemple.
  • Dans une deuxième famille de décisions nous pourrions regrouper celles qui requiert un effort. Il s'agit de facto de décisions déjà prises mais où nous pouvons rechigner au moment de la mise en application. Typiquement : décider d'aller courir demain matin, décider de faire son ménage etc. Pour cette catégorie de décision je me considère dans la moyenne. Plein de bonnes intentions avec la dose de flemme propre à chacun. Pour faciliter ce type de décision une stratégie applicable (au-delà du classique "coup de pied au cul") consiste à réfléchir et travailler ses habitudes au quotidien. Avec pour objectif de minimiser l'effort à apporter au moment de la mise en application et ainsi éviter d'avoir à réfléchir (et potentiellement fuir) au moment de passer à l'action. Sans développer ici le sujet, je vous renvoie notamment au travail de de James Clear dans le livre Atomic Habits résumé ici.
Les deux familles de décisions qui suivent sont les plus sensibles. Ce sont elles qui me posent le plus de difficultés.
  • La troisième famille regroupe les décisions non prises. J'entends par là les vrais blocages associés à une fuite. Ce type de décision m'engage à titre personnel et m'obligent à me poser des questions de fond. Pas de recette magique ici pour avancer si ce n'est travailler sur soi-même : congruence, émotions, valeur. Nous y reviendrons.
  • Dans la quatrième et dernière famille je classerai les décisions déjà prises mais non assumées. Petite sœur dans la troisième famille il pourrait s'agir de décisions que nous avons concédées sans le vouloir réellement face à une pression externe (famille, entourage, cadre social, finance). Je me retrouve dans cette famille de décision quand je parlais de "mode robot" et de désolidarisation de mes propres décisions précédemment.

B / Les schémas sociaux.

L'Homme est un animal grégaire animé d'une peur ancestrale : la peur de l'isolement.

Or décider fait le plus souvent intervenir le groupe. Soit parce qu'il l'engage directement ou parce que nos choix nous exposent au jugement des autres. Les représentations et valeurs du groupe influencent fondamentalement notre vision du monde et notre place dans celui-ci. Et donc les décisions qui en résultent.

Le cadre sociologique qui nous entoure évolue constamment. Ces siècles derniers ont été marqués par une accélération de ces mutations et des valeurs de groupe qui en découlent. Ces valeurs auxquels nous nous accrochons et qui aiguillent nos actions.

En occident, le schéma sociétal traditionnel était marqué par l'importance de la famille et de la religion. Dans ce contexte le concept de "réussite" consistait le plus souvent à continuer l'activité familiale ou à poursuivre une carrière dans une corporation de métier. La notion d'échec pouvait alors être dédramatisée par la promesse religieuse d'un au-delà réconfortant. Ces codes, bien que contraignant, offraient donc une grande lisibilité de l'environnement pour chaque individu facilitant d'autant ses choix.

L'avènement de sociétés plus individualistes a profondément transformé ce processus. Nous faisons désormais face à une pression grandissante pour réussir nos vies. Considérant que nous n'en avons qu'une seule, il s'agit donc de "ne pas la rater". La société de consommation en nous promettant sans cesse de nouvelles expériences, objets et plaisirs fait de nous des insatisfaits chroniques. Cette culture de la frustration rend d'autant plus complexe la prise de décision. Il est difficile de savoir choisir, s'arrêter, trancher et donc renoncer aux alternatives. La crainte du mauvais choix peut en venir à en obséder certain. J'en fais certainement parti.

Enfin, qu'on le veuille ou non notre entourage proche influe de manière considérable notre façon de penser et d'agir. Qui s'assemble finit par se ressembler, Jim Rohn résume ce fait par cette phrase devenue célèbre : "Nous sommes la moyenne des 5 personnes que l'on fréquente le plus souvent".

Il est donc naturel d'être influencé par ses proches et son environnement. Mais pour autant nos choix nous appartiennent. Si les conseils et expériences de nos proches peuvent être une ressource et un soutien, elles éclairent surtout leurs propres parcours et croyances.

C / Décider, c'est dans la tête.


En toute logique, le processus de la décision relève principalement du cerveau.

Le siège de la décision se trouve dans le cortex préfrontal, une région associée aux fonctions cognitives supérieures.

Dans une étude de l'institut du cerveau parue en 2022, les chercheurs précisent ce fonctionnement en distinguant deux modules : le premier qui calcule le ratio bénéfices / efforts / risques d'une décision afin d'orienter notre choix. Le second module gère quant à lui la part métacognitive de la décision en interrogeant les bénéfices de la délibération en elle-même. Autrement dit, il interroge notre confiance dans nos propres choix. Une absence de consensus lors du dialogue entre ces deux modules peut aboutir à une paralysie décisionnelle.

Pour notre cerveau, décider ne consiste donc pas seulement à "computer" les risques, bénéfices et efforts d'une action.

Arbitrer une décision suppose un travail de projection afin d'imaginer notre situation future résultante de cette décision. Pour cela, notre cerveau utilise la base de données à sa disposition -notre expérience- afin d'extrapoler et imaginer à partir de notre vécu ce que sera notre situation future. Cette simulation nous permet de réaliser ce travail d'interrogation de la décision.

Or cette "base de données" basée sur nos expériences n'est pas neutre. Celles-ci sont empreintes d'émotions, négatives comme positives. L'activation de l'amygdale illustre d'ailleurs l'influence de nos émotions lors de nos prises de décision.

Notre état physique joue aussi un rôle important dans ce processus. Une étude de l'INSERM en 2016 illustre par exemple comment la fatigue influence nos décisions en favorisant la recherche d'une récompense immédiate après un effort cognitif prolongé. Car décider coute cher. Notre cerveau est le premier consommateur d'énergie de notre corps (20% des calories pour 2% de notre masse). Aussi pour répondre à cela nous utilisons inconsciemment toute une série de de "raccourci décisionnel" afin de faciliter nos choix. Nos décisions sont influencées par une série de choix préprogrammés et de biais cognitifs : aversion à la perte, biais de confirmation ou effet d'ancrage par exemple. Ces biais peuvent être lié à notre héritage évolutif, au cadre social dans lequel nous évoluons mais aussi à notre propre histoire.

Décider est une tache plus complexe et difficile qu'il n'y parait et fait intervenir de nombreux paramètres. Il en ressort surtout que la décision n'est pas un acte purement logique et mécanique.

III. Se réconcilier avec la décision

Les contingences qui entourent nos décisions nous permettent de mieux comprendre ce qui se joue lors de nos choix. Nous l'avons évoqué, la décision n'est pas un acte mécanique mais est largement liée à qui nous sommes : notre vécu, nos émotions.

A / Neuroplasticité et décision.


Choisir suppose souvent de puiser dans nos expériences afin d'imaginer notre situation future. Si les expériences sur lesquelles nous nous basons sont négatives, voire traumatiques, le processus de décision n'en devient que plus difficile.

Pour autant notre fonctionnement cérébral n'est ni figé ni immuable. La loi de Hebb repose sur un principe : "cells that fire together wire together". Autrement dit nos apprentissages, nos émotions et nos actions répétées au quotidien tendent à reconfigurer et renforcer les liaisons synaptiques liées à ce comportement. C'est le principe de neuroplasticité du cerveau.

Le syndrome traumatique peut à ce titre être perçu comme une forme de neuroplasticité. Les comportements défensifs (fuite, absence d'écoute de ses émotions) mis en place en réponse au traumatisme continuent à être valorisés par nos schémas neuronaux. Même si le traumatisme est lointain ces comportements sont ancrés en nous et deviennent un fonctionnement par défaut valorisé par notre cerveau via la libération de dopamine. Notre cerveau nous encourage à continuer d'appliquer des schémas parfois maladaptatifs.

La neuroplasticité de notre cerveau peut nous aider à nous réadapter. Encore faut-il en prendre conscience. Les pistes de travail appartiennent à chacun mais l'on retrouve les différentes formes de soutien habituelle : soutien psychologique, l'entourage et l'hygiène de vie notamment. Tout ce qui peut nous encourager à questionner nos comportements, déconstruire les schémas stéréotypés pour tracer une nouvelle voie vers de nouveaux comportements Il n'est pas forcément facile de sortir de ces schémas, mais le principe de neuroplasticité nous enseigne que ceux-ci s'ancreront au fur et à mesure.

Pour ce travail le mouvement à un rôle important à jouer. Les études montrent que l'activité physique joue un rôle majeur pour relancer la neuroplasticité du cerveau. Il libère de la dopamine et du GABA (un neurotransmetteur) tout en accentuant le flux sanguin dans le cerveau. Il en résulte une fenêtre de plasticité accrue après une activité physique. Les exercices reposant sur des mouvements conscients et dirigés tels que les Arts Martiaux sont à ce titre particulièrement recommandés.

Je connais bien à titre personnel les difficultés liés à la fuite et à l'ignorance de ses émotions citées ici en exemple. Et ces comportements ne sont certainement pas étranger à mes difficultés à choisir.

Mais notre cerveau est malléable. S’il peut nous enfermer dans des schémas passés il est surtout notre meilleur allié pour en créer de nouveaux. En apprenant à distancier les évènements passés, en acceptant de nouvelles expériences pour se nourrir, en se faisant plus confiance nous contribuons déjà à construire de nouveaux schémas comportementaux et neuronaux qui contribueront à définir qui nous seront demain. En ce sens il n'est pas nécessaire d'avoir confiance en nous pour décider. Cette confiance viendra en se nourrissant de nouvelles habitudes et d'expériences.

B / Nos émotions ont déjà décidé.

Nous l'avons évoqué, nos décisions font intervenir nos émotions comme le montre l'activation de l'amygdale lors du processus.

Mais ces émotions n'accompagnent pas nos décisions, elle la précède. Les émotions sont liées à notre cerveau limbique. Elles ne sont pas maitrisables et apparaissent avant même que nous en prenions conscience. Vouloir les ignorer n'a donc pas de sens. Ce sujet est récurrent au fil de mes fiches Shin. Travailler sur les processus de la décision revient donc une nouvelle fois à travailler mon rapport entre raison et émotion.

Les émotions précèdent donc le raisonnement conscient. Ce raisonnement conscient ne vient qu'expliquer pourquoi nous faisons un choix en cherchant à comprendre nos émotions.

Doit-on en conclure que nous ne sommes pas véritablement libres de nos choix ? Puise que nos émotions nous les dictent et que nous ne pouvons pas les contrôler, sommes-nous condamnés à avoir des comportements dictés par des émotions hors de notre contrôle ?


Cette question peut prêter à sourire, mais d'une certaine manière je pense qu'on touche au cœur de ce qui me dérange véritablement. En début de fiche je parlais de ma perception de la décision comme un piège qui m'est tendu et que je dois déminer. Mon rapport émotion/raison suit un peu cette même logique. Je ressens cette réalité de la prévalence des émotions comme une condamnation à rester ce que je suis actuellement.. D'où encore aujourd'hui ce comportement consistant à forcer les décisions en dépit de mes émotions (mon "mode robot") sans même m'en rendre compte parfois. La parfaite recette pour aboutir à des blocages décisionnels.

Pour autant je prends aussi conscience, doucement, qu'agir ainsi revient à jouer contre son camp.

Notre cerveau, nos émotions, nos comportements et nos habitudes ne sont pas immuables. Si à court terme nous sommes pilotés par nos émotions elles ne sont que les réponses d'un instant sur le "moi" d'aujourd'hui, sur ses besoins, ses peurs, ses envies. Pourquoi vouloir lutter contre cela ? A vouloir me forcer sans cesse, en refusant d'écouter ce que mes propres émotions ont à me dire je prends conscience que j'oubliais un ingrédient essentiel dans mon fonctionnement : la bienveillance.

C / Décider avec soi.

Nos décisions guident nos choix mais également nos sensations. Les trois dernières décennies de recherche sur le cerveau mettent en évidence le lien entre ressenti émotionnel et décision. Cette approche popularisée par le neuroscientifique Antonio Damasio dans livre l'erreur de Descartes émet l'hypothèse des marqueurs somatiques dont nous n'avons pas toujours conscience. Nos prises de décisions seraient alors accompagnées de sensations, agréables ou désagréables, fruit de nos émotions et qui viseraient à nous orienter dans nos choix.

Nos émotions et les marqueurs somatiques associés nous communiquent nos besoins du moment. Plutôt que de les refuser en les voyant comme des contraintes, des limites, peut être devrais-je commencer tout simplement par les écouter, les comprendre. J'en reviens ici à l'idée de bienveillance dans ce processus afin de ne pas lutter contre mais travailler avec.

Face à une décision mes émotions et mes sensations m'alertent. Elles ont quelque chose à me dire aussi je travaille à tout simplement les écouter. En les laissant venir, sans chercher à ne les canaliser ni les juger, dans une forme de brainstorming introspectif prenant la forme d'un dialogue intérieur comme par exemple : "Ok j’ai peur, de quoi as-tu peur, développe ce scénario catastrophe. Ok tu as envie de ça, projette-toi dans cette réalité. Qu’est ce ça t’inspire, que te dis ton instinct ? Qu’est ce qui t'interdit de suivre cette piste ? Demain matin, tu as le choix entre aller travailler dans le job A ou le job B. Instinctivement, tu prends le chemin vers quel travail ?».

Ce dialogue intérieur ne vise finalement qu'à faire travailler la raison avec mes émotions, et pas contre. En utilisant la raison je ne cherche qu'à prendre conscience du processus de projection liée à la prise de décision, cette construction mentale simulant notre situation future fruit de cette décision. A la différence de ce que je faisais auparavant, je le fais ici en cherchant à m'approcher au plus près de mes émotions. Si celles-ci ont raison, encore faut-il apprendre à les écouter pour comprendre pourquoi.

De ce processus une forme de dialogue entre raison et émotion peut naitre. En prenant en compte les émotions nous pouvons comprendre pourquoi celles-ci nous alertent. Et donc en tenir compte et offrir à notre réflexion de nouveaux éléments, de nouveaux stimulis. Ce travail vient nourrir la réflexion en la faisant avancer et en permettant à mes émotions de se réaligner (ou non) face à de nouvelles perspectives, de nouvelles possibilités. Il permet aussi d'aider à comprendre pourquoi certains blocages apparaissent afin de pouvoir travailler dessus ultérieurement.

Prendre une décision suppose de nourrir notre cerveau d'éléments factuel (approche rationnel) mais aussi émotionnel. Je commence simplement à nourrir ce processus avec ce dialogue. La raison guidée par les émotions, les émotions éclairées par la raison pour travailler en adéquations. Décider avec soi, et pas contre soi.

Conclusion

La décision n'est pas seulement un processus purement rationnel et automatique. En faisant intervenir nos émotions, nos valeurs, notre histoire elle est un acte fondamentalement intime.

Au-delà des outils, méthodes et explications contextuelle je retiens surtout la notion de bienveillance. Un ingrédient qui me manque sans doute quand je cherche à forcer des processus me coupant ainsi de l'écoute de mes propres émotions.

Peut-être devons-nous aussi nous libérer de l'injonction à décider. Certaines décisions prennent du temps, tout simplement. D'autres pourront être remise en cause après les avoir expérimentées, nous pourrons alors revenir dessus. L'hésitation, les avancées et les retours en arrière font partie intégrante du processus décisionnel.

Il peut aussi nous arriver, parfois, de ne pas être prêt à prendre une décision. En prendre conscience et comprendre ce que cette difficulté fait naitre en nous permet déjà de progresser afin d'être en mesure de revenir dessus ultérieurement plus riches de nouveaux éléments, de nouvelles expériences.

Changer ne se fait pas en un jour. Mais un nouveau comportement peut devenir progressivement une habitude. Une habitude peut s'ancrer jusqu'à faire partie de nos identités. Prendre conscience des processus à l'œuvre, les accueillir avec bienveillance : c'est déjà décider de s'aider à avancer.

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Auteur : Aurélien LESNE
Grade Présenté : Ceinture Bleue
Publication  : Aout 2023
Supervision  : Frédéric GARCIA

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