Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

lundi 28 août 2023

La prise de décision et sa mise en œuvre

Il y a souvent certaines choses que l'on a décidé de faire mais qu'on ne démarre ou ne finalise jamais… Cela peut aller de la petite décision banale sans grande conséquence jusqu’à quelque chose d’un peu plus impactant sur sa vie quotidienne. On a parfois du mal à dérouler les étapes de la mise en place d’une décision sans qu’on ne se l’explique vraiment. Mais alors comment faire en sorte de s’y tenir, et surtout de la concrétiser ?



En premier lieu, il convient d’abord de donner un peu de contexte et d’expliquer ce qu’on entend par prise de décision et mise en œuvre:

“La décision est le fait d'un acteur [...] qui effectue un choix entre plusieurs solutions susceptibles de résoudre le problème, ou la situation, auquel il est confronté.” (Wikipédia)

Et sa mise en œuvre qui est la succession d'actions réalisées pour arriver au résultat escompté.

Ensuite pour tenter de répondre à cette vaste question, essayons de regarder et comprendre comment tout cela s’articule entre ce qui facilite, ce qui freine et ce qui aide à la décision. Puis de voir si on peut en dégager quelques points d’amélioration.

1 - Ce qui permet ou facilite la décision

Tout d’abord, faisons un état des lieux en regardant les choses qui permettent la décision et celles qui dans une moindre mesure la facilitent. Et à chaque fois, pour trois moments différents d’une situation: en amont, le moment venu et après-coup.

  • En amont, là où on prend la décision et donc durant ce laps de temps plus ou moins long avant d’être dans le feu de l’action. 
    • Ce à quoi on peut penser en premier lieu c’est d’avoir effectué une analyse dont le résultat est positif. Je suis donc face à une situation donnée, j’ai bien pris en compte tous les éléments du contexte, pesé les pour et les contre: oui j’y vais. On peut aussi avoir une stratégie préétablie dont on sait déjà qu’elle va fonctionner et donc on y va directement.
    • Plus confortable, on a le choix entre plusieurs solutions pertinentes et avoir le luxe de choisir celle qu’on préfère ou encore pouvoir se rabattre directement sur une autre en cas d’imprévu.
    • Ensuite, on pourra penser à d’autres éléments un peu moins catégoriques mais qui simplifient tout de même la prise de décision. Par exemple, lorsqu'on a déjà fait face à une situation par le passé, ou lorsqu’on peut profiter de l'expérience de l’autre, cela donne plus d’aisance à prendre la décision. En effet, il est plus facile de décider lorsqu’on est face à une situation relevant de près ou de loin d’un domaine que l’on connaît bien. On est alors dans sa zone de confort, on a engrangé plein de confiance résultant du fait d’avoir déjà traité ce genre de situations auparavant.
  • Au moment venu, là où on décide dans une temporalité immédiate on pourrait plutôt penser à des éléments comme le réflexe, l’instinct. 
    • C'est-à-dire des éléments un peu plus ancrés en nous eux aussi faisant appel à nos expériences du passé mais qui peuvent se manifester instantanément et sans que cela soit vraiment conscient. Ainsi lorsqu’on est au dos mur et que la décision doit se faire absolument alors on en choisit une quoi qu’il advienne. Il n’y a plus le temps de réfléchir consciemment, cela vient “tout seul”. Que ça soit un bon choix ou non c’est celui qu’on trouve le plus approprié dans l’instant présent et on le fait.
    • Encore une fois l’expérience, ou aussi la capacité d’adaptation vont pouvoir faciliter la décision dans le cas présent. Plus elles seront conséquentes, et plus on sera en capacité de rapidement faire son choix.
    • Un autre élément qui semble pertinent de mentionner est l’anticipation. Forcément si j’arrive à prévoir qu’une situation peut se produire alors je sais tout de suite quoi faire si elle se présente puisque j’y ai déjà réfléchi avant.
  • Après-coup, la mise en œuvre de la décision est évidemment permise quand on a aucun doute, on déroule l’ensemble des étapes sans accroc. 
    • Et si on sait qu’on a le droit à plusieurs tentatives ou que l’opportunité peut se représenter à nouveau cela permet de mettre en place sa décision sereinement avec la possibilité de faire quelques ajustements au besoin. 
    • Le contexte de la situation rencontrée comme une urgence, une mauvaise expérience qu’on ne veut pas revivre va faciliter la mise en œuvre car on ne voudrait pas se compliquer la tâche et risquer d’être confronté à pire scénario.
“L’expérience est la mémoire de beaucoup de choses.” Denis Diderot

2 - Ce qui bloque ou freine la décision

Regardons ensuite toujours pour les trois mêmes situations les éléments qui cette fois-ci bloquent la décision et ceux qui dans une moindre mesure la freinent.

  • En amont
    • il y a toujours la réalisation d’une analyse mais dont le résultat s’avère cette fois-ci négatif. Bien souvent dans le cas où on en a trop d’éléments à prendre en compte, qu’on essaie de tout traiter en même temps, on peut alors tomber dans une sorte de paralysie nous laissant au point mort. 
    • Aussi, faire un blocage sur un petit détail qui n’est pas vraiment important et empêche pourtant toute progression est assez courant.
    • Concernant les freins plusieurs éléments peuvent venir en tête. Forcément être inexpérimenté dans un domaine nous ralentira dans le processus de décision. Si on estime que notre décision comporte quelques risques, on va naturellement rechigner à se lancer notamment par peur de l’échec. Cela peut ajouter du délai pour avoir le déclic voir complètement nous bloquer par la suite.
    • Et bien sûr un grand classique: la flemme! Car c’est contraignant, car ça demande de l’effort alors on traine des pieds, on remet à plus tard…

  • Le moment venu,
    • On peut se retrouver complètement bloqué par exemple lorsqu’on sait qu’on n’a pas le droit à l'erreur car il n'y aura pas de deuxième chance. Comme dit l’adage “C’est maintenant ou jamais”.
    • On l’a mentionné précédemment, si la peur d’échouer peut être un frein en amont, lors du moment venu cela peut aller jusqu’au blocage si elle est encore trop présente.
    • On retrouve également certains éléments qui dans le cas présent peuvent être plutôt une entrave, à savoir le fait de douter, ou encore constater que les solutions que l’on à disposition comportent des risques. Plus tôt, on a vu que l’anticipation pouvait faciliter la décision le moment venu mais elle peut également devenir un frein si elle est erronée. Car dans ce cas, il faudra vite trouver une alternative face à une situation qu’on pensait avoir prévue mais qui finalement est tout autre.
  • Après-coup, la mise en place de la décision n’est plus possible si par exemple on a manqué la seule opportunité, il est alors trop tard et on ne peut plus avancer. De surcroît, faire face à d’éventuels imprévus ou encore avoir à rattraper des problèmes engendrés initialement vont venir ajouter une charge supplémentaire à la situation qu’on essaie de résoudre.

 “Je connais bien ma paresse. Je pourrais écrire un traité sur elle, si ce n'était un si long travail.” Jules Renard

3 - Ce qui aide à la décision

Après avoir réparti un ensemble d’éléments et observations concernant la décision et sa mise en œuvre à différents moments, essayons maintenant de se concentrer sur le processus de prise de décision en lui-même.

Schéma simplifié du processus de décision:


En continuant la réflexion autour de ce processus et à partir de ce qu'on a vu dans les parties précédentes, on peut s’attarder sur quelques éléments notables qui permettent d’aider à faire son choix et le mettre en œuvre.

Par exemple, on retiendra que si on a déjà vécu une situation similaire ou si on a préparé et réfléchi à plusieurs solutions en amont alors quand la situation se produit on est capable de piocher plus rapidement une solution possible dont on sait déjà qu’elle marche à peu près et donc finalement de décider plus simplement. A force d’avoir essayé, de s’être trompé ou d’avoir réussi dans des situations similaires, on peut améliorer sa faculté à décider.

Face à une situation inédite, on peut chercher des situations relativement similaires dont on connaît des solutions possibles. Si on a une bonne mémoire et qu’on se souvient de plein de situations auxquelles on a déjà été confronté alors on a un panel plus large de solutions possibles à disposition immédiate. Et si on peut se le permettre, on prend du recul et on accorde plus de temps à l’analyse tout en faisant attention à ne pas trop en faire et en sachant se dire qu’à un moment donné il faut se lancer.

“On risque beaucoup plus à ne rien tenter qu'à ne pas réussir.” Francis Bacon
Ensuite, pour essayer de faire le lien et de dégager des points d'amélioration, prenons des cas concrets issus de la vie quotidienne et d’un combat à l'entraînement puis regardons naïvement ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Exemples concrets de décision:

Situation

Décision

Ce qui permet de se lancer

[Quotidien] Ballon d’eau chaude commence à fuir un peu

Faire changer le ballon

Le ballon d’eau chaude commence à fuire plus et présenter un risque

[Combat] Adversaire est à découvert

Attaquer

Je sais tout de suite faire une attaque efficace sur l’endroit à découvert

  Exemples concrets de mise en œuvre : 

Situation

Décision

Ce qui fonctionne

Ce qui ne fonctionne pas

[Quotidien] Ballon d’eau chaude commence à fuir un peu

Faire changer le ballon

- Ne plus avoir le choix

 

- Risque de dégâts des eaux

 

- Perte d’un confort imminent (plus d’eau chaude)

- Flemme de s’occuper de la situation et de gérer avec plusieurs tierces personnes et donc remettre à plus tard

 

- Se dire que ce n’est pas si grave et que ça peut attendre

[Combat] Adversaire est à découvert

Attaquer

Avoir à disposition un panel de techniques applicables

Réfléchir, observer trop longtemps et manquer la fenêtre d’opportunité


Il semble que les décisions soient plus simples à prendre lorsque le chemin est visible et que l’on mesure mieux les conséquences et l’importance des choix mais il convient de s’interroger sur ce qui réellement permet d’avoir le déclic, ce qui permet de se lancer au cœur de l’action.

Si on regarde l’aspect ressenti personnel pour ces deux situations:
  • Dans le cas du ballon d’eau chaude, la fuite dégénérant je commençais à être vraiment impacté (sortir le seau, couper le ballon etc...). Et donc là je me dis, ok ça craint vraiment il faut s’en occuper tout de suite. Ce qui me fait dire que c’est quand je commence à être directement impacté par le problème que j’y vais. Autrement dit, attendre d’être dans la mouise avant de se lancer.
  • Dans le cas de la lucarne en combat, quand je sais tout de suite quoi faire et comment le faire alors je me lance sans trop me poser de questions. Par contre si ce n’est pas le cas, je me dis que si je ne saute pas tout de suite sur l’occasion alors c’est moi qui vais subir. En effet, si je ne me lance pas, il ne se passera rien et je ne mettrai pas mon adversaire en difficulté. Cette opportunité pourrait aussi ne jamais se représenter.

Je pense que le déclenchement se fait quand je me sens en danger où que le sentiment d’urgence est là.
“Nous appellerons émotion une chute brusque de la conscience dans le magique.” Jean-Paul Sartre

 

A priori j’ai conscience de ce qui peut et va arriver et malgré tout je continue d’attendre tant que ce n’est pas là tout de suite un problème. Alors peut être que si j’arrive à me dire ou me convaincre que c’est un problème imminent cela pourrait me permettre de diminuer le temps de mise en œuvre. Peut-être que je pourrais aussi me dire que j’ai surtout de la chance que ça ne soit pas tout de suite un problème et que je devrai justement sauter sur l’occasion de pouvoir y remédier sans être impacté.

Pour savoir quoi faire dans une situation et savoir si ça fonctionne il faut tenter des choses jusqu’à trouver quelque chose d’efficace, s’en servir régulièrement et finir par y être à l’aise. Soit je laisse l’expérience et le temps faire son œuvre sans trop y penser plus que ça. Soit j’essaie d’être plus conscient, méthodique: dans telle situation je fais ci ou ça, ça marche je garde et je répète, si ça ne marche pas je jette.

Pour finir, voici quelques pistes d’amélioration à garder en tête:
  • Tenter plus de choses, 
  • Moins être dans la sur-analyse
  • Essayer de conscientiser quand je suis en train d’attendre le sentiment d’urgence pour agir…
Accompagnées de quelques cas concrets que je vais m’essayer à faire à court terme : en combat tester méthodiquement quelques enchaînements pied/poings bien connus tout au long de la saison prochaine (par exemple du côté des séries de Dominique Valéra), et pour l’aspect vie personnelle me fixer plus de deadlines et de rappels (par exemple avec un outil de type Calendar).

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Auteur : Arnaud HELLEU
Grade Présenté : Ceinture Marron
Publication  : Aout 2023
Supervision  : Frédéric GARCIA

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