Vous arrive-t-il de vous sentir mal, gêné, ridicule ou même incapable d’effectuer certaines choses en public ? Comme par exemple simplement prendre la parole lorsque nous étions à l’école, chanter et danser lors d’une soirée karaoké entre amis, ou faire une séance de KARATE dans un parc ?
Vous arrive-t-il aussi de vous dire que cette retenue, ces blocages ne sont pas légitimes ? Qu’il n’y a rien de mal ni de gênant à faire ces choses et que d’ailleurs lorsque vous voyez les autres le faire, vous ne les trouvez pas du tout ridicule ou bizarre ?
Pour ma part, oui et oui, et j'ai toujours veillé à éviter ces moments de gène, à l’école je ne prenais jamais la parole, je refuse les soirées karaoké et en cinq ans je ne me suis jamais rendu à une séance d’entrainement dans un parc avec le club.
Aujourd’hui je me rends compte que cela va me poser problème sur la voie des arts martiaux, me ralentir au mieux et au pire me faire arrêter, mais je ne souhaite pas arrêter, alors quoi de mieux qu’une fiche SHIN pour essayer de remédier à ce problème, à ces blocages.
1 - Quel est le problème exactement ?
Pour exposer le problème, je vais prendre l’exemple du KIAI.
Depuis mon arrivée au club, il y a cinq ans, je n’arrive pas à faire le KIAI, depuis les tous premiers cours et encore aujourd’hui, j’ai un blocage, même lorsque j’exécute un KATA ou une ligne de KIHONS avec intensité, je n’arrive au mieux qu’à faire une grosse expiration.
Ce blocage n'est ni physique ni technique, je sais et je suis capable de faire un KIAI bien sûr, nous le sommes tous, le blocage est psychologique. Il me suffit de m’imaginer faire le KIAI pour immédiatement me sentir complètement ridicule et bête, cela suffit à me rendre parfaitement muet pendant mes KATAS.
Comme évoqué dans l’introduction, je ne trouve pas du tout cela ridicule en soie, lorsque les autres le font je ne les juge pas du tout, au contraire je les trouve simplement normaux, puisqu’ils arrivent à effectuer cette simple chose et pas moi. Cela n’a à première vue aucun sens.
Ce phénomène agit beaucoup dans la tête, il peut nous faire nous sentir nul, inférieur aux autres, illégitime, nous donner envie de fuir... Mais il peut aussi agir physiquement en causant des rougeurs, une perte de précision dans nos mouvements, une perte de concentration, des bégaiements...
Cela peut se produire en public avec de parfaits inconnus, en terrain semi privé comme au club et bien sûr aussi en privé comme en famille ou entre amis... Il m’arrive parfois malgré moi d’être présent à une soirée karaoké et alors même que je me sens bien, que l’ambiance est bonne et que je suis avec des personnes de confiance, je suis complètement incapable de participer... Tant mieux si j’arrive aussi à lever ce blocage parce qu'en réalité, le karaoké je trouve ça très sympa.
2 - C’est quoi ce phénomène exactement ?
Que peut bien être ce phénomène ? Au premier abord, je pensais qu’il s’agissait de manque de confiance en soi, je n’imaginais pas autre chose. Mais après avoir échangé avec Fred, chercher, creuser et bien que dans mon cas j’ai également un problème de confiance en moi, l’un n’empêche pas l’autre... Je sais maintenant qu’il ne s’agit pas de manque de confiance en soi ici.
Ce phénomène que je décris, c’est de la honte.
Je fus assez surpris lorsque Fred m’a dit qu’il s’agissait de honte, mais lorsque j’ai lu la définition c’était un peu une révélation, cela correspond parfaitement à ce que je décris et ressent.
Voici la définition Larousse de la honte :
- Sentiment d'abaissement, d'humiliation qui résulte d'une atteinte à l'honneur, à la dignité,
- Sentiment d'avoir commis une action indigne de soi, ou crainte d'avoir à subir le jugement défavorable d'autrui.
- Sentiment de gêne dû à la timidité, à la réserve naturelle, au manque d'assurance, à la crainte du ridicule, etc., qui empêche de manifester ouvertement ses réactions, sa manière de penser ou de sentir,
Nous savons tous ce qu’est la honte, nous avons tous vécu des moments de honte et nous en vivrons sans doute encore. J’ai appris grâce à ma précédente fiche SHIN sur l’ego que les émotions sont des signaux envoyés par notre cerveau pour nous faire agir ou réagir, en l’occurrence lorsque nous ressentons de la honte, celle-ci nous intime le besoin et la nécessité d'arrêter ce que nous sommes en train de faire, que ce n’est pas normal, que c’est mal...
Comme pour toutes les émotions, le mécanisme de la honte est très important, il joue un rôle fondamental dans notre construction, il nous permet de nous conformer à des normes sociales nécessaire à une vie en société. La peur de la honte nous pousse à nous comporter correctement avec les autres.
Le sentiment de honte se construit dès notre plus jeune âge via nos premières interactions avec les autres et cela fonctionne ainsi : nous vivons une expérience désagréable : réprimande suite à une bêtise, moquerie de la part de camarades de classe... > sentiment de honte : ce sentiment est désagréable, le cerveau l’enregistre et enregistre la cause afin de prévenir d’une récidive > nous ajustons notre comportement par crainte de revivre ce sentiment désagréable de honte.
Si aujourd’hui nombre d’entre nous sont concernés par ce problème c’est probablement parce que dans le passé, durant l’enfance et/ou l’adolescence, nous avons vécus beaucoup de ces moments de honte et que le schéma de construction est le même qu’il s’agisse de honte “légitime” comme celle que l’on peut ressentir enfant lorsqu’on se fait disputer ou punir après avoir fait une grosse bêtise ou qu’il s’agisse de honte “illégitime” lié par exemple à des moqueries, de l’humiliation, du rejet, etc. Plus nous avons vécu de ces moments, plus nous nous sommes adaptés et avons lissé notre comportement afin de ne plus en revivre. Plus nous les évitons en étant lisse, discret, plus le cerveau valide que ce comportement est le bon pour les éviter et dès que nous essayons de sortir de notre zone de confort, dès que nous nous soumettons à l’éventuel jugement négatif d’autrui, le cerveau fait ce qu’il sait faire afin de nous protéger : il nous fait ressentir de la honte pour nous faire revenir dans notre zone de confort dans laquelle rien de trop désagréable n’a lieu.
Il est possible de ne pas se souvenir de ces moments ou de les occulter, il appartient à chacun de faire le point ou non sur les évènements vécus dans son passé qui pourraient être à l’origine de ce problème. De la même façon que pour l’ego, l’émotion de honte n’est pas le problème, le problème c’est son expression. Nous sommes aujourd’hui tous adultes et sommes capables de nous rendre compte lorsque nous éprouvons un sentiment de honte de façon légitime : lorsque l’on commet par mégarde une petite incivilité au bureau ou dans les transports en commun par exemple, ou quand elle est illégitime, nous empêchant de faire le KIAI lors de nos KATAS ou de participer à un karaoké...

Ce problème, cette honte illégitime, nous appelons cela : l’excès de honte ou honte toxique.
"L'excès de honte est une chaîne invisible qui nous retient prisonnier de notre propre jugement." Sharon Salzberg.
3 - La honte toxique, quelles solutions ?
Maintenant que nous avons parfaitement identifié le problème, quelles solutions existent pour y remédier ? Via mes recherches j’ai identifié trois outils, trois leviers qui peuvent véritablement aider. Je vais appeler ces leviers : la visualisation, l’empathie et la projection.
La visualisation : il s’agit d’imaginer cette honte toxique comme une personne ou une entité à part entière, présente à nos côtés dès que nous ressentons un excès de honte, c’est elle qui nous rabaisse, nous critique, nous juge injustement. La visualiser nous permet d’échanger avec elle ou simplement de lui dire merde, casse-toi... parce que nous savons qu’elle n’a rien à faire ici, qu’elle est de trop.
L’empathie : lors que je me retrouve en difficulté ou carrément en échec, lié à un excès de honte ou pas, j’ai tendance à me dire “non mais je suis nul de toute façon”. Cette phrase je ne la dis jamais à un proche, pourquoi ? Parce que je traite les gens que j’aime ou estime avec empathie et bienveillance et il va s’agire pour cet exercice de nous traiter nous aussi avec empathie et bienveillance.
Pour cela la visualisation peut nous aider, il ne s’agira pas d’imaginer la honte mais la partie de nous qui a peur de la honte, qui se sent inférieur ou incapable et de la traiter comme nous traiterions notre frère, notre sœur ou notre meilleur ami par exemple. L’écouter, lui demander pourquoi il se sent nul, mauvais, ridicule etc. Et essayer de façon rationnelle, en se basant sur la réalité dont nous sommes en fait conscients, de débunker ses croyances lorsqu’elles sont infondées et toxiques.
La projection : il s’agit de se projeter dans une situation dans laquelle nous savons qu’un excès de honte a lieu habituellement ou aura lieu prochainement, par exemple faire une séance de sport dans un parc ou prendre la parole dans une réunion au bureau et ensuite d’imaginer et lister tout ce qu’il pourrait se produire de négatif mais aussi de positif dans ces situations, que les choses plausibles évidemment.
Cela permet dans un premier temps de se rendre compte qu’en réalité il ne peut rien arriver de très grave mais aussi et surtout de nous préparer : en imaginant comment nous réagirons face aux différentes éventualités, réactions des gens et en paramétrant au mieux les choses pour directement, lorsque c’est possible, supprimer certaines éventualités.
J’essaie d'utiliser ces outils au mieux depuis leur découverte et je trouve qu’ils aident véritablement et qu'ils ont une très bonne synergie, nous pouvons pratiquer la visualisation et l’empathie en même temps que la projection en projetant l’entité de la honte toxique et l’entité de la peur de la honte afin d’également échanger avec eux à l’avance. Je vous recommande vivement d’au moins essayer.
Conclusion
Au moment où je rédige cette conclusion nous sommes fin aout 2023, cela fait plusieurs mois que j’ai commencé à travailler sur ce sujet, j’ai parfaitement identifié et compris mon problème et j’ai trouvé des leviers afin d’y remédier. Mais pourtant, malgré cela je n’ai pas encore réussi à me rendre dans un parc pour faire une séance de KARATE avec mes camarades ou même juste trois minutes pour faire un KATA, faire une soirée karaoké non plus. À vrai dire je n’ai même pas essayé.
Pour pouvoir réussir à changer, je vais devoir me faire violence et me forcer à réaliser des choses pour lesquelles habituellement j’éprouve de la honte, me forcer puisque comme expliqué dans la partie 2, mon comportement depuis des années, à savoir rester discret, rester dans mon coin pour ne pas attirer l’attention à conduit mon cerveau à la réalité suivante : discrétion et peu d’interaction sociales = pas de moments désagréable / de souffrance = le bon comportement. Je dois, et vous le devrez aussi sans doute, aller contre ce comportement qui aujourd’hui est naturel.
Un peu à la manière d’une rééducation comme après s’être cassé une jambe, nous devons “rééduquer” notre cerveau, pour cela pas le choix, il faut pratiquer, pour chaque moment de honte que nous vivons, nous sommes capables de déterminer si c’est légitime ou non, lorsque c’est de la honte toxique, alors c’est une occasion de faire une séance de rééducation.
Nous devons créer de nouvelles expériences sociales aux issues positives, mais aussi imposer à notre cerveau de redéfinir les limites de la honte, lorsque nous faisons des KATAS dans un parc et que l’on attire des regards de travers de la part de quelques passant, la honte ne doit pas être de notre côté.
Pour y arriver je compte y aller progressivement, par étape et avec beaucoup de conditionnement en utilisant les outils que j’ai décrit. Libre à vous d’user de stratégies différentes, vous préférez et arriverez peut-être à y aller plus franchement, comme lorsque l’eau de la piscine est froide et qu’on se dit “aller je saute direct”... Je pars bientôt en vacances loin de chez moi, ça peut être l’occasion de faire mon premier KATA dans un parc, peu fréquenté à l’inverse des parcs parisiens, ou sur la plage à l’aube...
"Vos expériences passées influencent qui vous êtes, mais elles ne dictent pas qui vous pouvez devenir." David Eagleman.
Mon travail sur ce sujet m’a beaucoup aidé et m’aidera encore plus à l’avenir c’est certain, cela a aussi permis de finir de me convaincre de l’intérêt, de l’importance et des bienfaits du travail du SHIN et du développement personnel qui m’intéresse de plus en plus.
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Auteur : Thomas MARSEILLEGrade Présenté : Ceinture Bleue
Publication : Aout 2023
Supervision : Frédéric GARCIA
Publication : Aout 2023
Supervision : Frédéric GARCIA


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