Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

dimanche 12 janvier 2020

Les sabres Japonais?


Arme de légende, symbole du Japon, âme du Samurai, objet de toutes les histoires les plus folkloriques, capable de couper une balle de revolver en deux, oeuvre d'arts conservés dans les musées, fabriqué par des artistes de renom légendaire... Bref, si on essayait de dépasser un peu la surcouche de l'inconscient collectif pour en savoir un peu plus... 



I. L’histoire du KATANA


L’histoire des sabres Japonais est longue et riche. Le sabre Japonais a connu beaucoup de changement et d'évolutions avant de ressembler à ce que tout le monde appelle aujourd’hui Katana. On ne dénombre pas moins de 5 grandes évolutions du sabre à travers le temps : 
  • Le JOKOTO, l’ancêtre du sabre Japonais 
  • Les sabres KOTO, uniformisation et lame courbe 
  • Les sabres SHINTO, nouveaux sabres 
  • Les sabres SHIN SHIN TO, œuvre d’art 
  • Le GENDAITO, le sabre contemporain, 


Le JOKOTO est l'ancêtre du katana tel qu’on le connait aujourd’hui est, il désigne toute forme de sabre ou d’épée antérieure au milieu de l’ère HEIAN (794-1185). Ces sabres sont apparus pendant l’ère YAVOI (de -400 à 250) à une époque où les techniques du travail des métaux sont importées du continent (de Chine essentiellement). 

La forme du JOKOTO n’est pas celle des sabres contemporains. Il s’agit en générale de lame droite à double tranchant, forgé avec un seul type métal. A cette époque les techniques de forge étaient un peu chaotiques et les lames étaient souvent de faible qualité technique et artistique mais aussi particulièrement fragiles. 

Les sabres KOTO désignent tous les sabres forgés pendant la période allant de la seconde moitié de l'ère HEIAN (794-1185) jusqu’à l’ère MUROMACHI (1336-1573). C’est à cette période que le sabre prit sa forme courbée et que les techniques de forge furent améliorées. C’est aussi à cette période que les sabres, souvent de longueur et d’équilibre variable tendent vers un modèle commun. 

Les sabres SHINTO, désignent les sabres conçus durant l’ère MOMOYAMA (1573-1603) durant laquelle de grand changements sociaux et économiques ont lieu. Une guerre civile marque le début de cette époque. Du fait de la très forte demande de sabres, la qualité de production chute. Les sabres Japonais subissent alors une grande transformation, d’où le terme SHINTO qui signifie “nouveaux sabres”. La tendance s’inverse pendant l’ère EDO (1600-1868) qui marque une période de paix où la recherche de l’esthétisme redevient un style de vie chez les nobles. Le style des sabres KOTO sont remis en avant et des avancés techniques en forge se poursuivent. 

Les sabres SHIN SHINTO, naissent à la fin de l’ère EDO (1600-1868). Le port du sabre devient interdit et ce dernier devient une œuvre d’art, considérée comme un élément du patrimoine artistique Japonais. Les sabres conçus à cette époque témoignent d’une recherche d’originalité et de créativité tout en veillant au respect des techniques traditionnelles. Ce mouvement se poursuit dans les fabrications des sabres contemporains dit GENDAITO

II. Le GENDAITO, la fabrication 


2.1. La Lame


La partie la plus importante du sabre est bien sûr la lame. La valeur d’un sabre est définie par la qualité de la structure et par l’état de la lame. La fabrication d’une lame comporte 3 étapes : 
  1. Le forgeage 
  2. La trempe 
  3. Le polissage 

Le Forgeage : Les lames de katana sont formées de deux parties : la partie centrale en fer (SHINTESTU) entourée de la seconde partie, une feuille d'acier appelé UAGANE. L'amalgame métallique complexe de cette structure permet d'obtenir des armes redoutables, rarement égalées. Les lames japonaises présentent une dureté très élevée sur le tranchant et une élasticité de l'ensemble afin qu'elles ne se brisent pas en combat. Le forgeage d'une lame commence par la fabrication du UAGANE : Le forgeron soude une barre de fer à une plaque d'acier d'environ 13 x 8 cm, appelée DAIKANE. Sur cette plaque d'acier, le forgeron dépose des morceaux de fer brut, un peu d'argile et de poussière de charbon de bois : c'est le TAHAMAGANE. Il verse ensuite de l'eau et de la poussière de pierre calcaire (UCHIKO) par-dessus l'ensemble. Avec cette opération, le forgeron ajoute du carbone au métal et restreint les risques d'oxydation produisant la bonne soudure des différentes couches de métal entre elles. Cet amalgame de métal est chauffé au rouge sur un feu de charbon de bois (HODO), puis aplani avec de lourds marteaux. La température s'abaissant, le forgeron arrose le métal avec un mélange d'eau et de cendres et le replonge dans le brasier. Quand cette pièce est étirée, le forgeron la replie sur elle-même, verse dessus de la boue d'argile très liquide et réchauffe l'ensemble avant un nouveau martèlement. Ce procédé est effectué une vingtaine de fois. Le résultat se présente sous la forme d'une plaque d'acier constituée de nombreuses couches fines et extrêmement soudées entre elles. La forge très soigneuse du métal lui assure une qualité importante, la compression homogène du métal lui confère une haute résistance, plus de légèreté et donc plus de maniabilité. La deuxième phase de la fabrication : le SHINTETSU (noyau de fer) : C'est une procédure quasiment identique à la première, si ce n'est que moins de carbone est ajouté au TAHAMAGANE et que le nombre de repliage est moins conséquent (une douzaine). Le nombre de repliage n'est pas laissé au hasard, et agit sur la qualité finale de la lame. Il apparaît qu'après vingt et un repliages, le métal perd en dureté et ce de façon conséquente.

La troisième opération, est l'unification des deux produits obtenus (UAGANE et SHINTETSU): Il faut replier l'UAGANE tout autour du SHINTETSU en les soudant ensemble. L'amalgame ainsi réalisé est ensuite chauffé et martelé en vue d'en sortir une forme assez proche de la lame désirée. Cette barre est érodée à l'aide d'une lime, pour obtenir la forme définitive de la lame. 

La trempe : La lame ainsi formée est trempée afin de la durcir. La partie tranchante de la lame est trempée plus durement que le reste. Cette procédure donne un tranchant très résistant et relativement souple pour ne pas casser. La trempe est appelée YAKI IRE. La qualité de la lame est en grande partie définie par ce procédé. Tout le travail du forgeron est remis en question lors de cette opération. Quand la lame chauffée au rouge entre en contact avec l'eau, il n'y a pas place à l'erreur. Un défaut de trempage réduira la lame au rang de vulgaire barre d'acier. Avant la trempe proprement dite, la lame doit être préparé : le forgeron doit enrober la lame dans une couche d'argile réfractaire. Lorsque cette enveloppe est sèche, le forgeron retire la partie recouvrant le tranchant de la lame en réalisant une forme ligneuse simple (SUGUHA : ligne droite) ou complexe représentant des paysages, des Chrysanthèmes, et autres...


La lame est chauffée autour des 800°C puis plongée brusquement dans une eau dont la température est un secret pour chaque maître. La lame est maintenue horizontale, tranchant vers le bas. Au contact de l'eau, le tranchant se refroidit très rapidement en devenant extrêmement dur. Le reste de la lame, protégée par la couche d'argile réfractaire, refroidit moins vite et conserve par ce biais une "large souplesse". L'arme est ensuite libérée de l'argile. Elle est examinée avec le plus grand soin de manière à détecter le moindre défaut. Si l'examen est satisfaisant, le forgeron passera à l'étape suivante, le polissage. 

Le polissage : Le forgeage et le trempage sont des opérations très importantes pour la robustesse et la fiabilité de la lame, le polissage est tout aussi important pour mettre en valeur toute la beauté et la qualité d'une lame. Aucune arme ne peut, sans polissage, avoir l’éclat et la splendeur si particulière des armes japonaises. Paradoxe subtil, une excellente lame dont le polissage aurait été négligé sera quelconque, alors qu'une arme quelconque sera attirante du simple fait d'un polissage en bon et due forme. La première phase du travail est appelée JI TOGI : Elle consiste, à l'aide d'une pierre grossière, à tailler la lame afin d'en faire disparaître les irrégularités. Le travail commence par le dos de la lame (MUNE) puis le tranchant (HA). Cette opération s'effectue ensuite dans le sens transverse du SHINOGI vers la HA. Cette opération dite préparatoire est suivie par le polissage proprement dit : le SHIAGE.

La lame est frottée avec des pierres abrasives sélectionnées, et dont le grain va en diminuant au fil de la progression du travail. Chaque passage fait disparaître les traces de la pierre précédente. L'artisan fait varier le sens de son travail qui, de perpendiculaire au SHINOGI en début de travail, s'oriente parallèlement au tranchant à la fin de celui-ci. La pointe (KISSAGI) n'est travaillée qu'en dernier temps. La réalisation du YOKOTE est la phase la plus importante et la plus délicate du polissage.

Aux dernières phases du polissage, l'artisan frotte la lame non plus avec des pierres, mais avec un papier sur lequel il dépose une très fine couche de poudre calcaire (UCHIKO).vL'art du polissage consiste à faire ressortir les grains de l'acier (JIHADA) et la ligne du trempage (YAKIBA). Ceci est obtenu par des polissages intermédiaires différents : Un brunissoir donne au MUNE et au SHINOGI-JI l'apparence d'un miroir, alors que les YAKIBA et JIHADA sont obtenus par un polissage un peu moins fin.

Il existe deux façons différentes de polir le YAKIBA. La méthode KESHO et la méthode SASHI KOMI.
  • La méthode KESHO, est la plus répandue. Le polissage du YAKIBA est réalisé avec une pierre à grain plus fort que pour le reste de la lame. Le résultat présente un contraste qui donne au YAKIBA une teinte blanc-argenté.
  • La méthode SASHI KOMI utilise la même pierre pour le polissage de toute la lame. Dans ce cas le JIHADA et le YAKIBA sont de couleur pratiquement identique et, de ce fait, très difficiles à délimiter. 

2.2. Les ornements 


Le KATANA comporte plusieurs éléments laissant libre cours à l’imagination des maîtres forgerons et aux demandes de la personne qui commande le sabre, parmi ces éléments nous avons : 
  • La TSUBA : La TSUBA est la garde du KATANA, elle à changer d'utilité au fil du temps de garde de sabre à ornement. En effet durant les périodes MUROMACHI (1333-1573) et MOMOYAMA (1573-1603) elles étaient des plus fonctionnelles, fabriquées dans des métaux solides et de designs très simples, puis vint la période EDO (1603-1868) et son ère de paix qui fit de la TSUBA un objet d'ornement, avec des designs de plus en plus esthétisés, mais moins pratiques pour le combat. Les TSUBA étaient fabriquées par des familles spécialisées dans sa production et se transmettaient souvent de génération en génération. De nombreuses familles de SAMURAI avait leur blason ou "mon" incrusté ou gravé sur celles-ci.

  • FUCHI & KASHIRA : Le FUCHI est la pièce qui se trouve entre le TSUBA (garde) et la TSUKA (poignée), souvent appelée "sous-garde". Le KASHIRA est le nom de la pièce se trouvant sur le pommeau du sabre. Le tressage de la TSUKA passe en général à travers le KASHIRA. Traditionnellement ornementées des mêmes motifs, le FUCHI et le KASHIRA sont fabriqués par paire correspondante.

  • Les MENUKI : Les MENUKI sont des ornements sur la TSUKA (généralement sous le TSUKA-ITO), positionnés de façon à s'insérer dans la paume pour une meilleure adhérence et à l'origine destiné à masquer le MEKUGI. 

III. Le sabre et moi 


Pourquoi avoir choisi ce sujet ? 

J’ai choisi le thème de la fabrication par intérêt pour l’artisanat et j’ai choisi le sujet des Katana pour faire le lien avec notre pratique  Ce qui me plait dans l’artisanat c’est le fait de créer, d’imaginer et de concevoir de ses propres mains. Je suis assez fasciné de voir le talent et le savoir-faire que possède certaines personnes pour fabriquer divers objets, simple ou très complexe, en bois, en métal, en verre etc. 

J’aime aussi beaucoup la transmission que représente certaines professions aujourd’hui et la fabrication des sabres japonais en est un parfait exemple, depuis des centaines d’années les méthodes de fabrication se transmettent de génération en génération et le savoir-faire des maîtres forgerons est conservé. Dans l’artisanat, on retrouve également la notion de progression, j’aime imaginer qu’un artisan forgeron aussi compétent et expérimenté soit-il, progresse, apprend, et se perfectionne toute sa vie... comme dans les arts martiaux. 

Je retrouve beaucoup de ces aspects dans la pratique des arts martiaux, l’apprentissage et la progression notamment, par exemple lorsque je réussi à exécuter une technique ou lorsque j’arrive à retenir un nouveau KATA, je me sens fier et satisfait mais rapidement je réalise que ce je sais est cool, mais que ce que je ne sais pas est infini et que le chemin peut durer toute la vie dans la voie des arts martiaux. 

J’ai également choisi ce sujet car je croyais qu’il pourrait m’éviter la partie introspection que je redoutais, mais j’ai compris que peu importe le sujet, l’introspection dans le travail du SHIN est obligatoire mais surtout importante. Si je voulais échapper à cet exercice c’est avant tout par pudeur, je ne suis pas du tout à l’aise pour parler de moi et je n’aime pas ça. De plus je n’ai jamais vraiment pratiqué cet exercice et donc je ne savais pas trop comment m’y prendre, comment produire quelque chose d’intéressant. Je m’y suis donc mis par contrainte et c’est la partie de ma fiche que j’ai eu le plus de mal à produire, mais finalement, je me rends compte que je me plais à écrire ces quelques lignes. 


CONCLUSION


Pour conclure, les arts martiaux nous font progresser dans beaucoup de domaines dont l’esprit et je me suis rendu compte grâce à ce travail que certaines de mes croyances à propos de moi-même ne sont pas ou ne sont plus vraies, avec cette fiche j’ai appris, j’ai progressé, et je vous transmets tout cela, alors merci aux arts martiaux et merci à ADAPTAC! 

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Auteur : Thomas MARSEILLE
Grade Présenté : Ceinture Orange
Publication : Janvier 2020
Supervision  : Frédéric GARCIA

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