Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

jeudi 12 décembre 2019

Se réconcilier avec les KATA ?

Cette année pour mon travail de SHIN et dans l’objectif d’obtenir ma ceinture verte, j’ai décidé d’aborder le sujet des KATA. Ce sujet étant très vaste et constituant un des piliers de la pratique du KARATE, il m’a d’abord fallu trouver l’angle sous lequel l’étudier. Si j’ai choisi ce sujet à l’origine, ce n’était pas par passion pour les KATA, au contraire : mon but était d’essayer de les apprécier... 
Dans le premier jet que j’ai pu écrire, j’ai simplement listé les différents aspects des KATA qui me rebutaient, ainsi que les différents intérêts des KATA dans la pratique du KARATE. Mes a priori étaient nombreux : les KATA se travaillent en solo, de façon répétitive, sans possibilité d’auto-évaluation, mon niveau de débutante ne me permet pas de connaitre beaucoup d’applications des mouvements et de leurs enchaînements, et enfin je n’arrive pas à y mettre la même implication que lors d’un KUMITE / travail à deux. Ma vision de l’intérêt des KATA était également limitée.

"Recherchez la perfection en kata, le combat réel est une autre affaire" Gichin FUNAKOSHI
Ce premier jet et les retours qui m’ont été faits m’ont donc permis de réorienter mon point de vue ainsi que les recherches à effectuer, principalement autour de mes propres a priori et idées reçues. Le sujet de cette fiche SHIN n’était donc plus seulement les KATA, mais ma réconciliation avec les KATA. Cette fiche se découpe en deux parties. Dans la première partie nous allons analyser les KATA, à partir des définitions qu’on en trouve, de ce qui constitue un KATA ainsi que de ce que les KATA peuvent apporter à ma pratique du KARATE. Dans la deuxième partie nous allons constituer un plan d’action avec comme objectif d’aimer les KATA. Pour cela, nous verrons qu’il existe plusieurs formes de travail des KATA, nous parlerons des BUNKAI et enfin du KOBUDO. 

I. Analyse 


1.1. Définition(s) 


Le dictionnaire Larousse défini le KATA comme suit : « au JUDO, au KARATE (etc.), succession de mouvements codifiés mimant un combat et réalisant une démonstration technique » 

La définition qu’on peut trouver sur le site ADAPTAC Paris 13 parle d’un « travail de mémorisation et étude de formes codifiées (KATA) : il s’agit de l’étude enchaînement de mouvements représentatifs de certains styles ou école et présentant un intérêt dans la projection pédagogique. Ce travail se décompose en deux grandes branches : le KAISHO KATA (pratique de enchaînement seul, dans le vide, image que se fait le grand public des KATA) et le BUNKAI KATA (application pratique à deux ou plus et étude de la signification des mouvements). L’étude du KAISHO ne peut se faire sans la connaissance des BUNKAI qui vont avec ». Cette définition est bien plus complète, et me permet déjà d’entamer une réflexion sur ma vision des KATA. 

Grâce à ces définitions et ce que j’en retiens, je me fais une première idée de ce qu’est un KATA. Le mot KATA évoque pour moi la fixation et la transmission d’une gestuelle codifiée, et a donc un intérêt pédagogique dans l’apprentissage du KARATE. Il a également un intérêt dans l’étude du KARATE traditionnel, en fonction du style pratiqué ou de l’école qui le transmet. Je remarque également que la notion de combat y est présente, contrairement à l’a priori que j’en avais. 

1.2. De quoi se constitue un KATA 


Un KATA est donc constitué enchaînements de mouvements codifiés, ouvert à de multiples interprétations. Il est composé, comme vu précédemment dans l’une des définitions, à la fois du travail seul (KAISHO) mais également du travail à deux (BUNKAI KIHON et BUNKAI KUMITE). Le combat y est donc central, à la fois en mimétisme par le travail seul, dans le vide, lorsque la présence d’un partenaire fait défaut mais également en « réel » avec l’application des enchaînements codifiés à deux (BUNKAI KATA). 

1.3. Ce que les KATA peuvent apporter à ma pratique du KARATE 


Nous avons déjà évoqué l’intérêt pédagogique, qui ressort dès la définition du mot KATA. Mais tout l’intérêt du KATA n’est pas uniquement dans la pédagogie, et sa pratique peut m’apporter différentes choses. 

  • De par l’étude des enchaînements de mouvements et leur application en BUNKAI, je pourrais y trouver un intérêt en combat. Cependant, je n’ai pas encore mis cet intérêt en pratique, n’étant pas présente aux cours « combat ». 
  • De par son travail multidirectionnel, le KATA me permet de travailler certaines choses qui n’existent pas lors de la pratique des KIHON ou du combat : rotation, saut, etc. Ce travail m’aide non seulement à améliorer mon équilibre, mais également ma proprioception, deux choses qui font plutôt partie de mes points faibles en KARATE. 
  • La pratique des KATA m’apporte également la sensation de « mémoire du corps », chose que j’avais déjà expérimenté en pratiquant la natation synchronisée et que je trouve intéressante à retrouver, les sensations s’imprimant vraiment profondément dans la mémoire du corps et fixant des automatismes qui peuvent s’avérer utiles (si exécutés correctement). 
  • Je peux aussi construire plus rapidement mes KUMITE et certains de mes GOSHIN si je sais déjà ce qui est efficace et ce qui fonctionne pour moi lors des BUNKAI, répétés ensuite mentalement lors de ma pratique en KAISHO. 

II. Plan d’action 


2.1. Différentes formes de travail des KATA 


L’une des pistes que je souhaite explorer à partir de ce plan d’action pour aimer les KATA est la découverte de différentes formes de travail des KATA. En effet, mon objectif est de ne plus me focaliser uniquement sur la répétition lors de ma pratique en solo. C’est une forme de travail nécessaire, mais que je trouve rébarbative à la longue et qui de plus ne convient que dans un premier temps, c’est-à-dire lors de la phase d’apprentissage du KATA. Une fois le schéma du KATA appris, je souhaite explorer les différentes formes de travail des KATA qui peuvent m’aider à ancrer ce schéma dans ma mémoire, mais également à travailler d’autres aspects qui me permettrait d’améliorer ma pratique en général, par exemple : 
  • En me concentrant sur le travail d’explosivité, en découpant le KATA par séquence et en cherchant à la fois la force, la précision et la vitesse sur certains enchaînements. 
  • En me concentrant sur le travail en sensation, par exemple en fermant les yeux, ce qui me permettrait d’être plus précise dans mes positions et mes transitions entre les positions afin de ne pas perdre l’équilibre. 
  • En me concentrant sur le travail multidirectionnel (rotations, sauts, sens de l’orientation), ce qui me permettrait d’améliorer ma proprioception. 
  •  En me concentrant sur la recherche de fluidité dans les enchaînements. 
"La vraie essence des kata se retrouve non dans les gestes eux-mêmes, mais dans la façon dont l'esprit les rend justes" Taisen DESHIMARU

2.2. Découverte des BUNKAI 


En arrêtant de séparer les KATA et les BUNKAI, et donc en revenant à l’origine du KATA qui est un combat. En travaillant cette fiche SHIN et grâce à l’accompagnement et aux lectures faites pour cet écrit, j’ai découvert que les BUNKAI sont des KATA : les dérives du KARATE moderne en compétition ont fait que l’on sépare désormais complètement les KAISHO (KATA que l’on pratique seul, quand on ne dispose pas d’un partenaire) des BUNKAI (KATA que l’on pratique avec un partenaire, en séquence de combat : BUNKAI KIHON et BUNKAI KUMITE). En découvrant des BUNKAI avec différents partenaires, je mettrai donc ma technique à l’épreuve. Le KATA ne sera donc plus uniquement répétitif et rébarbatif, mais ludique et varié en fonction de ce qui marche pour moi et de ce qui marche pour mon partenaire, et je garderai ces applications en tête lors de mon travail en solo. 


2.3. Pratique du KOBUDO 


Depuis quelques mois j’ai commencé à pratiquer une autre forme de KARATE avec ADAPTAC Paris 13, le KOBUDO, dédié au maniement des armes traditionnelles japonaises et okinawaiennes. Pour chaque arme étudiée, il y a comme dans le cours de KARATE traditionnel l’étude des frappes, des blocages (KIHON), des positions, des déplacements… Mais également des KATA. La pratique des KATA (KAISHO) en KOBUDO me pose étrangement moins de problème que la pratique des KATA (KAISHO) à mains nues. 

Pour le moment, l’analyse que j’en ai fait et les raisons qui m’apparaissent sont que l’arme me donne une contenance et donc me permet de me sentir moins seule dans mon KATA. Aussi, le fait de manier une arme me donne un avantage face à un adversaire à mains nues, l’arme (correctement maniée bien sûr) me donne plus de puissance, et peut-être est-ce pour ça que j’ai moins de mal à être impliquée et concentrée, et plus de facilité à entrer en situation de combat même mimé et en solo. La dimension esthétique des KATA d’armes entre peut-être également en jeu dans mon appréciation. Je n’ai pour le moment appris que des KATA de BO, mais j’ai pu observer des KATA avec différentes armes et il est vrai que l’arme, en prolongeant le bras du pratiquant, décuple la sensation de puissance, de vitesse, de tournoiement et donc d’esthétique. 


"L'important est de progresser, chacun à son rythme, par rapport à soi et non pas par rapport aux autres. Nous savons que rien n'est acquis définitivement et qu'il convient de ne jamais perdre ni humilité ni patience." Teji KASE

Et pour conclure...


Par la lecture, la discussion, les échanges sur ce simple sujet qui à la base me rebutait, j’ai voulu faire évoluer ma vision des KATA pour apprendre à les apprécier. C’est bien le manque d’information à ce sujet qui faisait de ma vision des KATA une vision biaisée, qui ne voyait que le côté négatif de cette pratique. Je n’ai pas réussi bien sûr à effacer complètement le côté répétitif et en solo de la pratique des KATA qui me plait moins, car cela fait partie intégrante du KATA, mais j’ai pu au moins compléter ma connaissance de la pratique des KATA et donc rectifier ce biais en y ajoutant d’autres paramètres, ce qui me permettra aujourd’hui et à l’avenir de mieux appréhender cette partie du cours et d’un jour peut-être, aimer les KATA !

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Auteur : Amélie HOUSSET
Grade Présenté : Ceinture Verte
Publication : Décembre 2019
Supervision  : Frédéric GARCIA

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