Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

vendredi 1 novembre 2019

Les YAKU SOKU KUMITE ou la promesse de l'autre

« L’enfer c’est les autres » Jean-Paul SARTRE
La sentence est facile, elle tombe, irrévocable, d’autant plus facilement dans une société qui pousse à l’individualisme. Si comme moi vous avez passé la porte du DOJO , en vous disant, voilà je vais me défouler, donner des coups de poing et de pieds dans le vide en enchaînant des lignes de KIHON, faire des KATA tranquille et accessoirement travailler à deux pour enfin mimer le « coup de latte » qu’on aurait bien mis à l’ « autre tâche », et bien… oubliez cela ou bien achetez-vous un sac de frappe ! En effet, vous avez mis le pied sur la voie martiale qui n’aura de cesse de vous rappeler que la relation à l’autre est essentielle pour avancer sur ce chemin... 
... Parce qu’autrui n’est pas le problème, il est la solution ! Autrui n’est que le reflet de la relation que nous avons avec lui. Et Sartre d’expliquer « que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous, même pour la propre connaissance de nous-mêmes. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres nous ont fournis. Quoi que je dise sur moi, quoi que je sente de moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Je veux dire que si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors en effet je suis en enfer. Il existe quantité de gens qui sont en enfer parce qu’ils dépendent du jugement d’autrui ».

Les bénéfices des YAKUSOKU KUMITE pour les pratiquants d'Arts Martiaux 


"Les arts martiaux sont nés de l'instinct de conservation, et visent finalement à construire une personne bien équilibrée, saine de corps et d'esprit par une pratique continue. C'est ici que réside l'esprit du Karate-Do." Shoshin NAGAMINE, (The Essence of Okinawan Karate-Do). 

Les arts martiaux sont relativement bien documentés sur leurs aspects historiques, techniques et physiologiques. Plus récemment, les sciences humaines se sont également appropriées ce sujet pour démontrer les bienfaits psychosociaux liés à la pratique des arts martiaux (1). 

Definitions 


Les YAKU SOKU KUMITE sont des assauts ou entraînements au combat déterminés à l’avance. Le terme YAKU SOKU peut se traduire par « promesse », celui de KUMITE est composé de KUMI « échange » et de TE « mains ». 

Ces assauts font référence à au moins deux partenaires d’entraînement au combat, TORI et UKE, qui pratiquent des techniques « pré-arrangées » de type offensif et défensif. 

Traditionnellement dans les KORYU BU JUTSU (arts martiaux traditionnels japonais), on utilise les termes 
  • TORI : celui qui fait l’action ou la technique.
  • UKE : le partenaire qui reçoit, celui qui va subir la technique. 

Les YAKUSOKU KUMITE 


Le terme « KUMITE » a pour la première fois été documenté dans le livre « KARATE KUMITE » écrit en 1905 par Hanashiro CHOMO (1869-1945, élève d’Anko ITOSU). Le terme ne se pose pas comme un exercice séparé des katas, mais plutôt comme l’application de compétences d’après les katas. Ainsi si les katas regroupent toutes les techniques et mouvements de la discipline, les KUMITE permettent de les mettre en pratique au cours d’un échange d’attaques et de défenses. KIHON de base, Katas (KAISHO dans le vide, et BUNKAI interprétation de séquences de KAISHO à deux) et KUMITE sont donc indissociables de l’apprentissage du KARATE. 

Certains sont spécifiques à chaque style de KARATE, mais tous présentent un intérêt pédagogique particulier et constituent une étape intermédiaire entre le KIHON et le combat libre. Tous ont en commun la recherche de l’efficacité que ce soit par la confrontation des techniques, parce que les erreurs sont directement sanctionnées par le partenaire, ou par la confrontation des volontés, parce que le geste seul ne suffit pas et que la concentration et la détermination sont essentielles. 

Au cours de ses premières années d’entraînement le pratiquant va expérimenter les exercices suivants : 
  • KIHON IPPON KUMITE : sur 1 attaque annoncée / 1 défense et 1 contre-attaque : Un des premiers exercices qui permet de faire connaissance avec les exercices d’opposition avec UKE dans un cadre prédéfini. 
  • JYU IPPON KUMITE : sur 1 attaque au choix de UKE / 1 défense et 1 contre-attaque : On complexifie le stress avec la gestion d’UKE face à une attaque qui n’est pas connue à l’avance. TORI renforce sa détermination, sa capacité d'adaptation.
  • JYU KUMITE : combat libre : TORI développe son assurance, son esprit d’opportunité et démontre sa volonté de gagner, de dominer l’autre, sans le blesser. 
  • GOSHIN YAKUSOKU : attaque annoncée / self défense  : TORI fait le choix d’une technique adaptée avant même son exécution, il développe ses capacités d’analyse technique et son égo. 
« On est soit même dans l’alliance avec l’autre ». 

Robert JAULIN, 1995 



Le rôle d’UKE 


Pour le pratiquant d’art martial, UKE est un partenaire essentiel pour mieux saisir la justesse des techniques. Il incarne le catalyseur entre TORI et l'enseignement du SENSEI. 

Dans la pratique, pour que l’exercice des KUMITE soit enrichissant pour les deux partenaires il convient de garder à l’esprit les principes suivants : 

  • UKE exerce une vigilance passive, se laissant porter par TORI tout en gardant à l'esprit l'idée de pouvoir "revenir"; il suit le mouvement de TORI dans le but de sentir la technique, sa justesse son efficacité. Dans le cadre des KIHON KUMITE, il fait attention à ne pas anticiper l’action de TORI .
  • UKE oppose une "juste" résistance, utile et constructive. Ce n'est pas une démonstration de force gratuite, parce qu’un blocage de la technique empêche l'apprentissage. Ceci étant il peut démontrer sa domination, cela permettra à TORI de connaître ses limites et de favoriser d’autres techniques plus adaptées selon la circonstance. 
  • UKE guide le mouvement : il donne des informations à TORI qui peut ajuster, et améliorer par itération sa technique en appréciant la qualité de ses mouvements, la justesse de ses placements. 

Le rôle d’UKE implique de ne pas avoir le dessus, le pratiquant est "malmené" pour le temps où il sert d'UKE il s'agit donc d'un travail d'humilité. Pendant l’exercice UKE attaque de façon répétitive avec un engagement crédible; c'est donc un travail de volonté, qui forme à la persévérance. UKE subit la technique qu'il pourrait lui-même être en mesure de faire sur quelqu'un d'autre; cela lui permet de prendre conscience des dommages, de la fragilité du corps, cela le rend plus attentif. 

UKE montre une sorte d’acceptation temporaire, dans une forme d’abnégation possible parce qu’il s’inscrit dans le cadre d’un rapport de confiance du fait de l’accord tacite entre les partenaires. 

Dans le dojo, UKE n'est pas SEME, à savoir une « menace », ni un adversaire, mais bel et bien un partenaire celui-là même par lequel on apprend et sans lequel rien ne serait possible. Il se crée un échange qui enrichit alors les deux parties. Chaque pratiquant endosse à tour de rôle chacun des rôles. 

Dans quelle mesure les YAKU SOKU KUMITE aident à la réconciliation avec autrui ? 


La confrontation à l’autre entraîne l’adaptabilité. Ainsi selon le type de partenaires nous pouvons être amenés à expérimenter nos limites physiques, techniques et psychologiques et apprendre à les gérer. L’avantage sur le tatami, c’est que la pratique s’appuie sur une relation privilégiée au regard de la relation à autrui telle qu’on peut la vivre au quotidien. Dans le DOJO, on se trompe, on répète parfois les mêmes erreurs mais c’est toléré. Sur le TATAMI, UKE nous donne des deuxièmes chances.

Le rôle d'UKE permet de se remettre en question, de devenir plus attentif. Dès lors, il a la qualité de rendre l'individu plus sociable vis-à-vis du monde qui l'entoure. 

De même, être TORI, c’est accompagner UKE dans le perfectionnement de son rôle essentiel à la progression. 

Le partenaire de travail est vecteur de progrès et de satisfaction par un échange constructif continu « d’entraide et prospérité mutuelle » (JITA YUWA KYOEI) selon les propos de Jigoro KANO. 

A bien y réfléchir les enjeux sont tels que l’exercice favorise le développement du SHIN. En effet, le bénéfice que l’on en tire dépend de la sincérité des techniques d’UKE comme de TORI, sans retenue mais avec contrôle. 

Il faut donc travailler sur ses peurs et ses angoisses, y faire face, tout en faisant face à l’autre et à soi-même. L’attaque adverse n’est qu’un geste que l’on doit débarrasser de tout ce que l’esprit qui vagabonde peut lui associer. Dans une opposition, l’esprit doit être partout sans se fixer nulle part. En ce sens notamment, les YAKU SOKU KUMITE nous entraînent à nous détacher du jugement de l’autre. 

" La connaissance de cet Art, la maîtrise des techniques, le développement des vertus de courage, de courtoisie, d'intégrité, d'humilité et de contrôle de soi, jusqu'à en faire la lumière intérieure qui servira de guide dans la vie quotidienne, tout ceci demande au moins 10 à 20 ans et si possible, une vie entière dédiée à l'étude de cet Art. "Gichin FUNAKOSHI


(1) « Le Dojo du Karaté-Do : Un espace de socialisation pour un jeune de la rue ? », Mémoire de sociologie par Mohamed Loufti, avril 2011. www.archipel.uqam.ca/4636/1/M12015.pdf



----------
Auteur : Mae HOANG
Grade Présenté : Ceinture Verte
Publication : Octobre 2019
Supervision  : Frédéric GARCIA


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.