Pourquoi ce blog?

Au sein de notre académie d'arts de combat "ADAPTAC PARIS 13", un petit travail personnel est demandé aux élèves présentant un grade (uniquement à partir de la ceinture jaune, nous "épargnons" les nouveaux arrivants pour un an!) , il s'agit de produire une réflexion personnelle sur un sujet ayant trait aux arts de combat de manière plus ou moins connexes que se soit sur des aspects culturels, éthiques, techniques, sportifs... Cette démarche est très proche de la philosophie mais l'élève est guidé à chaque étape : du choix du sujet au brainstorming en passant par la construction d'un plan ou la rédaction... Il s'agit surtout d'une démarche maïeutique visant à guider l'élève sur ses propres réflexions intérieures tout en produisant un "petit" texte dont il pourra être fier dans quelques années surtout si il réussit à intéresser ses camarades de DOJO. Ainsi cet exercice présente 3 objectifs : éveiller la curiosité des autres élèves du club, se cultiver sur un sujet qui tient à l'élève, s'interroger sur sa pratique et sur le sens que l'on souhaite lui donner.

Ce blog ne saurait engager le club et malgré la vigilance des professeurs pour contrôler, encadrer les propos tenus... si certains textes vous dérangent n'hésitez pas à contacter les professeurs qui pourront alors étudier la question. Enfin, si vous souhaitez des recommandations de lectures pour compléter la lecture d'un des articles où en vue de rédiger un article vous-même, n’hésitez pas à consulter ce blog... et si vous souhaitez consulter les productions du directeur technique du club, c'est ici!

mercredi 20 juin 2018

Les grades dans les arts martiaux traditionnels : Retour d’expérience d'un parcours multiplie

Les passages de grades sont des moments particuliers dans la vie et la progression d’un pratiquant d’arts martiaux, expérimenté ou non. Je propose ici d’en questionner les modalités, l’utilité et la signification à l’aune de ma propre expérience. En effet, depuis que j’ai commencé l’aïkido, en 2009, jusqu’à maintenant et en passant par quelques dojos et quelques disciplines martiales, MMA, Shotokan, Goju Ryu, aikijutsu et jujitsu brésilien, ma vision a pas mal évolué, cette année surtout. 

On commencera par parler des modalités d’obtention d’un grade avant d’aborder sa signification. Par la suite entrant de manière plus personnelle dans le sujet, j’évoquerai ce que j’estime être quelque part l’une des finalités de la pratique des arts martiaux, l’enseignement, mais aussi les problèmes liés au fait de se conformer à plusieurs enseignements et donc plusieurs modalités d’examen. 

I. Modalités d’obtention d’un grade 


Dans les arts martiaux traditionnels japonais, il y a généralement des KYU, avant la ceinture noire, et des DAN, à partir de celle-ci. Pour commencer la réflexion, penchons-nous sur les modalités de leur acquisition. Il existe trois méthodes reconnues ou non selon les arts-martiaux : 
  • La première, pas la plus répandue en France, concerne généralement les grades KYU et certain dojos ou écoles d’arts martiaux : l’avis du professeur. Là, le grade est laissé à l’appréciation de l’enseignant qui y met ce qu’il veut y mettre : technique, théorique, ancienneté, esprit, etc. C’est la méthode la plus ancienne, antérieure aux fédérations. Néanmoins, en France du moins, la plupart des arts martiaux se sont organisés en fédérations qui, pour ce qui est des dan, obligent bien souvent à se conformer aux deux autres méthodes d’acquisition des grades à savoir l’examen technique et la compétition. 
  • Ainsi, la deuxième façon de passer à la ceinture ou au DAN du dessus consiste tout simplement à passer un examen. Avant la ceinture noire, libre aux professeurs de juger des modalités qu’ils veulent y inclure, SHIN, GI et TAI dans des proportion variables. A partir du premier DAN, la ceinture noire, c’est une fédération qui décide des critères techniques, KUMITE, KATA, formes de corps, etc. Le pratiquant est jugé à sa capacité à se conformer aux formes fédérales. 
  • La troisième méthode tourne autour de l’aspect compétitif. On juge l’efficacité du combattant dans un cadre sportif donné donc avec des règles données. Ainsi, un lutteur gréco-romain (de ma connaissance) de rang international s’est vu attribué une ceinture bleue de jujitsu brésilien car la fédération a estimé que son efficacité en combat (en réalité bien supérieure à une ceinture bleue) valait ce grade. En KARATE en JUDO notamment, il existe une voie technique et une voie compétition pour progresser dans les grades. Il est donc possible, en faisant de la compétition de passer de la ceinture blanche à la ceinture noire, et au-delà. 
D’emblée se pose alors une question, quelle voie choisir ? Certaines écoles de KARATE ou de JUDO poussent à la compétition pour passer des ceintures, d’autres non. La réponse à la question est en fait assez simple et passe par un autre questionnement : pourquoi me conformerais-je à telle ou telle méthode ? Soyons honnêtes, et ce fut mon cas jusqu’à récemment, beaucoup d’entre nous font la course aux ceintures et aux grades… Cette ceinture noire veut dire beaucoup dans l’esprit des gens, surtout les néophytes mais en soi, comme le disait Bruce Lee, elle ne sert qu’à tenir le pantalon. Il faut y mettre du sens. 
« La ceinture ne sert qu’à tenir le pantalon » - Bruce LEE
  • On ne peut pas comparer une ceinture noire « technique » et une autre « compétition ». L’exercice n’est pas le même et les modalités d’examen non plus. On ne sanctionne pas les mêmes compétences. Il apparaît donc que l’examen auquel on souhaite se conformer doit être fonction de ce sur quoi on veut être évalué. 
  • Mon parcours d'AIKIDOKA est l’exemple type de ce genre de mirage. J’ai commencé l'AIKIDO il y a 9 ans parce qu’un ami à moi m’avait montré quelques mouvements (un KOTE  GAESHI notamment qui m’a bien fait volé) qui m’ont convaincu que je pourrai faire des choses similaires dans l’avenir. Je me suis donc inscrit au club de la fac où j’ai rencontré Claudie Belus (dont je suis resté un élève assidu). Ma professeure, observant rapidement que je confondais la télé avec la réalité et, surtout la philosophie de l'AIKIDO avec d’autres arts martiaux, m’a mis les deux points sur le i : l'AIKIDO ne sert pas à se battre. Il s’agit d’un outil de construction du corps et de l’esprit. 
  • Rien n’y a fait, ce message n’avait pas été entendu. Par la suite j’ai également visité d’autres DOJO qui eux, ne partageaient pas le paisible point de vue de ma première professeure. On m’a poussé à passer mes grades sans me poser la question du pourquoi je le faisais. C’était ainsi. Un pratiquant passe ses ceintures. Au final, résultat logique de la suite d’événement susmentionnés : je suis deuxième dan d'AÏKIDO et je ne suis toujours pas le guerrier que je souhaitais devenir… 
Quelle morale ? Ce n’est pas parce que je ne peux pas faire des KOTE GAESHI (retournement du poignet), des SHIHO NAGE (projection dans les 4 directions) ou des KOKYU NAGE (projection par le souffle) dans la rue que je suis un mauvais AÏKIDOKA. Ce deuxième DAN a sanctionné ma capacité à me conformer à un AÏKIDO fédéral. Libre à moi d’en faire ce que j’en veux néanmoins, l’aïkido ne reconnaissant pas la voie « compétition » d’acquisition des grades, j’ai été jugé sur mes capacités « techniques ». Or ces « capacités techniques », comme il va en être question plus loin ne sont pas des capacités de self défense ou de compétition. Il faut les prendre pour ce qu’elles sont. 


J’ai donc fait l’erreur de ne pas mettre du sens dans ce que je faisais. Non pas que l’aïkido soit inefficace mais ses modalités d’examen ne sanctionnent pas une qualité de combattant (self defense ou compétition) mais une capacité à se conformer à ce que la fédération veut voir ce qui n’est pas rien car il s’agit aussi de la capacité à imiter un modèle donné. 


II. Signification d’un grade, d’une ceinture, d’un titre 


La question de l’examen amène naturellement celle du grade et donc des ceintures. De quoi s’agit-il réellement ? 
  • Il est intéressant de revenir à l’étymologie du terme grade. Le mot renvoie ainsi à un niveau, un échelon au sein d’une hiérarchie. 
  • On peut le prendre au sens militaire avec l’idée de supériorité en autorité 
  • Mais également au sens initiatique, c’est-à-dire le degré de connaissance, comme c’est le cas dans la franc-maçonnerie. 
Ainsi, comme on avait commencé à le dire au tout début de la première partie, il y a des grades dans les arts martiaux. Ces derniers se regroupent en règle générale en KYU, grades se situant avant la ceinture noire et internes au dojo, et en DAN, grades fédéraux se situant après la ceinture noire. 

La ceinture se veut la matérialisation visuelle d’un grade. Certaines écoles et styles comme le YOSEIKAN BUDO ne font pas de différence : la même ceinture, bleue et blanche, quel que soit son grade. Néanmoins, la plupart du temps on différencie trois catégories de ceintures : 
  • Celle des grades KYU matérialisée par des ceintures de couleur comme au club ou bien simplement blanches comme c’est le cas dans certains courants comme l'AIKIDO; 
  • Celle des grades DAN , de couleur noire et parfois agrémentée de barrettes pour montrer le nombre de dan que l’on possède dans une pratique ; 
  • Celle des titres SHOGO, souvent rouges, rouge et blanches, rouge et noire, en tous les cas avec du rouge. Il s’agit de la matérialisation non plus d’un grade mais d’un titre type SHIHAN ou HANSHI, KYOSHI, TASHI, RENSHI, etc... . 
  • Certains courants procèdent différemment et prennent le mot « DAN » dans son sens le plus stricte : grade, niveau. Ainsi le jujitsu brésilien possède quatre ceintures avant la noire : blanche, bleue, violette et marron, chacune comprenant quatre DAN. Il y a donc des variantes. 

Ci dessous, exemple de hiérarchie de ceinture : Hiérarchie ADAPTAC

Hiérarchie JUDO
Hiérarchie Jujitsu Brésilien


Ceci étant dit, concernant les grades, les titres et les ceintures, que signifient-ils ? Fondamentalement, les grades sont le résultat d’une certification à l’issue d’un examen, examen qui se fonde sur des critères techniques ou pratiques. Comme expliqué plus haut Un 1er DAN de KARATE issu de la compétition et un autre issu de la voie « technique » ne sont pas les mêmes. Ils témoignent de la diversité des pratiques au sein d’un art martial. Il faut les prendre pour ce qu’ils sont. 

La ceinture quant à elle, possède une symbolique particulière dans la tête de certains pratiquants (moi en tête, il n’y a pas si longtemps de cela). Dans la course aux grades, beaucoup « visent la noire ». La ceinture devient un objectif. Dans mon cas, j’ai tiré une grande fierté de mon premier DAN d'AÏKIDO. D’un seul coup on se retrouve à pouvoir dire « je suis ceinture noire d'AÏKIDO », phrase qui revient dans la tête du non initié à « je suis un très bon combattant, sinon je ne serais pas ceinture noire d'AÏKIDO ». Soyons honnête, l’ego est un levier important poussant tout un chacun à vouloir un simple bout de tissu foncé… 10 euros chez Décathlon … 
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
François Rabelais
Le problème dans tout cela, sauf à se contenter de faire le paon auprès de gens qui dans le fond ne s’en soucient guère, c’est que l’on finit par se rendre compte qu’il manque pas mal de choses avant de devenir un super héros. Dans mon cas cela a pris du temps mais je me suis rendu compte que ma ceinture noire, outre qu’elle m’allait bien au teint, jour après jour ne m’avais pas apporté les super pouvoirs que je souhaitais acquérir. Encore une fois, il ne s’agit pas d’expliquer que mon deuxième dan est usurpé. Il est seulement le reflet d’une pratique, celle de l'AÏKIDO, qui n’a pas vocation à créer des combattants de rue mais à construire le corps et l’esprit par une pratique issue des arts martiaux. 

En conséquence, passer des grades est certes une bonne chose si l’on y met du sens, néanmoins le faire pour une simple ceinture c’est de l’ego dans le meilleur des cas, de la vantardise dans le pire d’entre eux. 

Ce constat s’applique également aux titres. Un titre est une reconnaissance de la part d’une communauté. Il est donc l’accord d’un certain nombre d’experts d’une vision des choses sur un autre expert. Il ne s’agit pas d’expliquer qu’un hanshi ou shihan n’a pas de valeur… il est évident que ce dernier a plus de chances de savoir quelque chose qu’un ceinture blanche… Néanmoins il faut savoir, une fois de plus ce que l’on met derrière les termes. Le possesseur d’un titre est une personnalité qui fait référence dans un certain milieu, au même titre qu’un professeur des universités fait référence dans le sien. 


III. Vers la volonté d’enseigner 


Un corollaire à cette réflexion est celui des diplômes. Dans la pratique on peut en effet progresser dans les grades et les titres pour l’aspect technique cependant on peut également le faire pour accéder à un certain type d’examen lesquels aboutissent à un diplôme fédéral ou d’état. Ces derniers constituent notamment divers échelons accréditant la capacité de quelqu’un à enseigner à des novices, à des pratiquants confirmés et à des enseignants. 

Ainsi, la volonté d’enseigner peut également être une motivation dans le fait de passer des grades ou d’acquérir des titres. Il est en effet nécessaire d’avoir des diplômes pour pouvoir enseigner (obligatoire pour enseigner contre rémunération et largement recommandé pour des questions de reconnaissance, d'accès aux salles...) . Dans les faits, selon les arts martiaux que l’on pratique et les règlements des fédérations il faut avoir acquis un certain grade pour pouvoir devenir assistant du professeur puis professeur. 

  • Dans mon cas, passer le brevet fédéral, première étape vers l’enseignement de l'AÏKIDO, tout comme passer mes grades, était quelque chose de naturel et je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur les raisons qui me motivaient à le faire. Ainsi lorsque j’ai participé à l’école des cadres, l’ensemble de stages mensuels proposés par ma fédération, je me suis trouvé dans une situation délicate. 
  • Dans mon club habituel, à Cité universitaire, le message est clair : l'AÏKIDO est une pratique visant au développement personnel et lié au bien-être. Cela peut se faire au travers d’une pratique martiale néanmoins, encore une fois, il ne s’agit pas de faire des combattants. Or lorsque je me suis présenté aux cours du Brevet Fédéral, j’ai trouvé des enseignants très condescendants convaincus de leur maîtrise technique, expliquant ce qu’ils croient être le combat, mélangeant self-défense et combat. J’ai été abasourdi par ce que j’ai entendu. A tel point que cela a mis – pour un temps - un coup d’arrêt dans ma volonté d’enseigner l'AÏKIDO. 
  • Je ne veux pas ressembler à ces pratiquants qui regardent de haut les novices , qui les bercent d’illusion mais surtout qui se magnifient en se présentant comme des professionnel de la gestion de la violence… en bref ce que j’exècre déjà dans les sciences humaines, ceux que j’appelle les escrocs au savoir… 
  • L’année prochaine pourtant, je repasserai cet examen et participerai aux formations. La raison en est simple. La fédération est la seule à pouvoir m’accréditer en tant qu’enseignant, c’est un fait, mais rien ne m’oblige à professer ce que j’ai entendu. En somme, pour sortir du système, il faut d’abord avoir été dans le système, un postulat qui tient du bon sens mais qu’il m’a fallu découvrir à grands coups de recadrages avec le Directeur Technique d'ADAPTAC Paris 13, Fred. 

Le rapport à la fédération n’a pas été le seul frein à mon projet de passer le brevet fédéral. En effet, mon rapport à la pratique en a également été un. Un de mes grands griefs, de longue date, avec l'AÏKIDO est le niveau de maîtrise des enseignants. Comme le déplore Léo TAMAKI dans l’un de ses articles, les cadres de l'AÏKIDO ne sont plus des professionnels et un certain amateurisme - dans le sens où ils produisent un travail de faible qualité pour eux-mêmes et pour les étudiants - s’est propagé. 

Je partage ce point de vue et, ne voulant pas participer de l’escroquerie au savoir, je veux pouvoir maîtriser, a minima ma technique. Mais revenons une fois encore sur les termes. Connaître une technique, l’enseigner et la maîtriser sont trois processus différents. « Connaître » signifie que l’on a déjà été confronté à une technique et que l’on peut en déterminer le processus. Cela ne signifie donc pas que l’on peut la reproduire. C’est cela la différence entre connaître et maîtriser. Il y a encore une autre différence entre maîtriser une technique et pouvoir la replacer en combat. 

Cela pose une question : à quel niveau peut-on enseigner ? Le débat est ouvert. Certains diront que connaître une technique est suffisant pour l’enseigner, d’autres, comme moi, estiment que pour des raisons de crédibilité que sa maîtrise est indispensable. Néanmoins si je ne dois enseigner que ce que je maîtrise, le corpus va être assez limité… malgré un deuxième DAN d'AIKIDO… Il existe certainement un juste milieu entre un certain niveau de connaissance et de maîtrise technique. La réponse tient en réalité, selon moi, au public. Le niveau de maîtrise ou de connaissance technique doit être proportionnel au niveau de l’élève. 

En somme le brevet fédéral, première étape pour devenir un enseignant, doit être considéré pour ce qu’il est, une accréditation de la fédération à enseigner à des élèves en dessous de la ceinture noire soit un public avec lequel le différentiel dans la connaissance et la maîtrise reste assez décent pour que je puisse présenter mon maigre savoir tout en gardant une certaine crédibilité. Maîtrise et efficacité ne font donc pas toujours partie de l’équation pour enseigner. C'est en tout cas, aujourd'hui, où je me positionne personnellement. 

La question subsidiaire qui se pose est alors pourquoi enseigner ? Dans quel but ? Chacun y apportera une réponse propre mais étant un produit de l’université, je ne conçois pas la recherche sans l’enseignement. Pour moi, une recherche est vaine si elle ne concerne que soi. Il faut donc la partager. Cela signifie présenter ses travaux à ses pairs et enseigner à des élèves, tout comme dans le monde de la recherche. Un enseignant porte en lui une ou plusieurs visions des choses. Son enseignement doit également être pris pour ce qu’il est, l’avis et l’expérience d’une personne particulière. Un professeur n’a donc pas vocation à être objectif. 


IV. Intérêt et problématiques liés à une diversification des pratiques 


Partant du principe qu’un enseignement est une projection de la réalité, très tôt dans ma pratique, dès la deuxième année à vrai dire, j’ai eu à cœur de me diversifier. J’ai commencé par faire du karaté et je me suis inscrit au cours de SHOTOKAN dispensé par l’université. Néanmoins la vision de la professeure qui les animait ne me convenait pas. Je souhaitais une approche plus centrée sur le combat. Cela m’a amené à visiter une bonne dizaine de dojo avant de tomber sur ADaPTAC Paris 13, (anciennement NBJS Paris 13). 

Au cours de mes pérégrinations, j’ai aussi fait un peu de KENDO, un peu de JUDO et de JUJITSU traditionnel mais surtout, je me suis découvert de grandes affinités avec le JUJITSU brésilien que j’ai pratiqué à la cité U tant que j’ai été étudiant parisien. Je me trouve donc maintenant étudier dans trois clubs : l'AÎKIDO à Cité Universitaire, le KARATE JUTSU à ADAPTAC Paris 13 et le JUJITSU brésilien au Cercle Tissier. 

Pourquoi parler de tout cela dans un propos qui concerne les grades, les ceintures et leur valeur ? La réponse est en fait assez simple. La diversification des pratiques qui m’a paru fondamentale dès mon entrée dans le monde des arts martiaux était en réalité une partie de la réponse à mes questionnements. Je dirais même qu’elle en était la base. En effet, quand j’ai commencé à m’interroger sur « le combat « , je me suis rapidement aperçu qu’au même titre qu’il faut lire plusieurs spécialistes d’un sujet pour s’en faire une idée la plus complète possible, voire faire appel à des sciences différentes (transdisciplinarité), aller voir dans plusieurs pratiques pouvait devenir un bon moyen de répondre à mes questions. 

C’est de là que ma « chasse aux ceintures » est partie. Dans ma tête de jeune pratiquant s’est opéré un raccourci théorique. Mon postulat était que si je pouvais devenir ceinture noire d'AÏKIDO, de KARATE et de JUJITSU, cela ferait de moi un grand combattant. Comme on l’a déjà vu, il s’agissait d’une vue de l’esprit. 

Pour autant ma démarche était-elle vaine ? Loin de là ! Ma vision des ceintures et de ce qu’elles représentent était erronée mais ma stratégie de diversification technique reste valable. Ayant des affinités avec le sol, j’ai décidé de me consacrer à son étude au travers du jujitsu brésilien. Le lundi, lors des cours orientés combat, il s’agit de l’un des domaines qui me permet de gagner. 

Seulement, pour mener à bien cette stratégie il convient d’avoir certains éléments en tête. 
  • Le premier tient à l’organisation. Pratiquer dans plusieurs clubs nécessite d’avoir un planning précis. Entre le travail, la thèse et la vie sociale, la pratique d’un art-martial est parfois compliquée. Arriver à sanctuariser des créneaux horaires pour la pratique est fondamental pour des raisons de régularité. 
  • De facto, pratiquer dans trois clubs multiplie par trois la difficulté d’organisation. 
  • Autre souci, le potentiel d’assimilation technique n’est pas illimité. S’il est déjà difficile d’assimiler l’enseignement lorsqu’on fait partie d’un seul club, apprendre trois disciplines est donc trois fois plus long. 
Pour revenir au sujet qui nous intéresse, pratiquer dans trois dojo implique donc, pour passer des ceintures, et donc avancer au niveau de l’apprentissage technique de savoir ce que l’on veut. On ne peut pas mettre 100 % de son temps dans chaque art martial, il faut donc avoir à l’esprit que le chemin sera peut-être long. Tout comme dans le cas des ceintures il est nécessaire de mettre du sens dans ce que l’on fait mais également d’accepter, non pas de prendre son temps mais de prendre le temps nécessaire. 

Ainsi, et c’est la conclusion de cette fiche, comme dans bien des aspects de la pratique, il est nécessaire de savoir pourquoi on fait les choses. Il ne faut pas faire les choses parce que « c’est comme ça », ne pas être passif. Une ceinture, un grade, un titre, un diplôme, tous ces éléments ont une signification. Ils doivent être pris pour ce qu’ils sont. 

De la même manière si ma volonté est celle d’une diversification des pratiques, il faut le faire intelligemment, mettre du sens dans tout cela, prendre le temps nécessaire. Il faut aussi accepter que la chasse aux ceintures ne soit pas une fin en soi mais une manière de se faire une idée de sa progression. 

« Une ceinture noire est un ceinture blanche qui n’a jamais abandonné » - Renzo GRACIE

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Auteur : Florian FONTRIER
Grade Présenté : Ceinture Bleue
Publication : Juin 2018
Supervision  : Frédéric GARCIA

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